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"Arretmaladie.fr": ce qui se cache derrière ce site promettant un arrêt de travail en quelques clics

Arretmaladie.fr, le site par qui le scandale arrive

Arretmaladie.fr, le site par qui le scandale arrive - Capture Arretmaladie.fr

Un site allemand met la télémédecine au coeur d'une polémique éthique et médicale. "arretmaladie.fr" promet de fournir un arrêt de travail en quelques clics.

Polémique dans la télémédecine avec l'arrivée d'un nouveau site. "arretmaladie.fr" propose d'obtenir un arrêt de travail de trois jours maximum sans rencontrer physiquement de médecin. Cette plateforme, éditée depuis l'Allemagne, explique le processus en trois étapes: "remplissez le questionnaire", "faites un appel vidéo avec notre médecin", puis "recevez votre arrêt maladie". L'arrêt de travail de trois jours maximum ne concerne que des "pathologies simples et courantes" précise le site. 

Le malade ne s'occupe de rien. La plateforme s'occupe de lui faire parvenir une ordonnance et d'envoyer des PDF de l'arrêt de travail à son employeur et à la caisse primaire d'assurance maladie. Tout cela sans avoir à attendre un rendez-vous dans un cabinet, ni passer la nuit aux urgences des hôpitaux. Rien à redire? Pas vraiment.

Arretmaladie.fr
Arretmaladie.fr © Capture Arretmaladie.fr

En effet, la pilule ne passe pas vraiment dans le corps médical. La promesse d'un arrêt de travail a mis hors d'eux de nombreux médecins qui ont découvert "arretmaladie.fr" par le bouche-à-oreille. Au départ, certains ont cru à une blague, mais rapidement, le dossier a été pris très au sérieux par des représentants du ministère de la Santé, des syndicats de médecins ou du Conseil de l'Ordre.

"Ce site est une honte"

Sur Twitter, le Pr Jérôme Salomon estime que le sujet est "idéologique et donc ordinal". Pour Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France, "Ce site est une honte, c'est la caricature du soin". "C'est de la marchandisation du système de soin qui fait passer le patient pour un client et le médecin comme un prestataire de service", réplique le Dr Jérôme Marty, président de l'Union française pour une médecine libre (UFML), à BFMTV.

Sa colère est même montée d'un cran en découvrant que le partenaire du site allemand est "Docteursecu.fr," une plateforme française de téléconsultation créée en octobre dernier. En effet, c'est sur ce site que le questionnaire est rempli avant de mettre le patient en relation à distance avec un médecin. 

"C'est ni plus ni moins qu'une escroquerie pour faire croire aux patients qu'il s'agit de plateformes officielles et non commerciales", affirme le Dr Marty.

Mais, chose étonnante, contacté par BFMTV, Loïc Petitprez, dirigeant fondateur de "Docteursecu.fr", s'est également dit choqué par la méthode du site allemand. Dans un communiqué envoyé en hâte ce dimanche, il réfute toute relation commerciale ou juridique avec "Arretmaladie.fr" contrairement à ce que laisse entendre le site allemand qui doit officiellement annoncer son lancement ce mardi. Reste que "Docteursecu.fr" est le seul site vers lequel les patients sont renvoyés alors qu'il existe déjà de nombreuses plateformes.

"Ce service existe en Allemagne, ils nous ont contacté pour du conseil, nous leur avons expliqué la réglementation française très différente de celle de l'Allemagne en la matière", se défend Loïc Petitprez qui affirme avoir exigé de la plateforme allemande que toutes références à son site soit retirées. "Nous ne sommes pas leur partenaire", affirme le dirigeant français.

Arretmaladie.fr: la version du site avant la polémique
Arretmaladie.fr: la version du site avant la polémique © Capture Arretmaladie.fr
Arretmaladie.fr : page d'accueil du site corrigée après la polémique
Arretmaladie.fr : page d'accueil du site corrigée après la polémique © Capture site Arretmaladie.fr

"Ils ont même modifié le message en page d'accueil", signale le patron de "Docteursecu.fr". En effet, depuis ce lundi matin, "arrêt maladie sans rendez-vous chez le médecin" a été remplacé par "Arrêt maladie sans se déplacer". Même la mention "Vous payez 25 euros (remboursable)" a été remplacée par "Remboursable (sous condition)".

Un modèle commercial

"Ils avaient traduit le site allemand à la va-vite entre Noël et le Jour de l'an, c'est n'importe quoi", s'étrangle Loïc Petitprez dont le site, en mode expérimental, "se focalise uniquement sur les épidémies de grippe et de gastro-entérites qui ravagent actuellement notre pays". "En aucun cas nous ne vendons des arrêts de travail et rien assure d'en obtenir via notre plateforme, les médecins sont seuls juges", poursuit le dirigeant.

En Allemagne, cette startup basée à Hambourg propose ce service pour 14 euros ou 8 euros en plus pour l'envoi d'en document papier. Et lors de son lancement, la presse allemande avait déjà relevé comme une incitation à prendre un arrêt maladie sans motif réel. Pour le Spiegel, s'il ressemble à un jeu vidéo, le site "AU-Schein.de" est en fait un modèle commercial. (...) en quelques clics vous pouvez décrire un rhume et obtenir un véritable certificat d'incapacité de travail le lendemain à présenter à l'employeur".

Le lancement de "Arretmaladie.fr" va-t-il finalement porter atteinte à la télémédecine qui se présente comme une solution incontournable pour faire face à la désertification médicale et pour désengorger les urgences sur des pathologies de premiers recours? 

"Leur manière de présenter la télémédecine est désastreuse", se désole Loïc Petitprez en rappelant que son site respecte la législation à la lettre. "Nous sommes conforme au RGPD et aux législations qui encadrent les données de santé", nous a-t-il précisé.

"Marquer les esprits"

Quant au nom de son site, qui peut créer une confusion avec un site officiel, il l'explique comme un "moyen de marquer les esprits, mais certainement pas pour tromper les patients en se faisant passer pour un service d'Etat afin de fournir des arrêts maladie à la demande".

En attendant, pour Jérôme Marty, il est hors de question de laisser la télémédecine se lancer avec des méthodes commerciales. Le site "Arretmaladie.fr" va-t-il et peut-il être interdit? A ce sujet, ni la direction de la sécurité sociale, ni la Direction générale de l'offre des soins (DGOS), ni le conseil de l'Ordre des médecins ne nous ont répondu.

Le lancement de "arrêtmaladie.fr" aura tout de même permis de soulever le débat, que certains accueillent avec pragmatisme.

"Ben en même temps ça ne fait que prouver ce qu’on dit tous depuis des années : les arrêts pour symptômes banaux (rhume, gastro, ...) ne nécessitent pas une consultation, sont une blague et ne devraient pas exister c’est juste la preuve par A + B...", estime un médecin s'exprimant sur Twitter sous le pseudonyme de @cryptococcose.
https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco