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Vers une baisse des salaires des grands patrons du privé ?

Les grands patrons du privé doivent-ils aussi baisser leur salaire ?

Les grands patrons du privé doivent-ils aussi baisser leur salaire ? - -

Le gouvernement s'attaque aux rémunérations très élevées dans les grandes entreprises dans lesquelles l'Etat possède des participations. Qu’en est-il pour les grands patrons du privé ? Doivent-ils eux aussi baisser leur salaire ? Témoignages.

Le gouvernement prendra les « mesures conservatoires nécessaires » pour éviter les excès de rémunérations dans les entreprises publiques en attendant la loi qui doit limiter les écarts entre les salaires. C’est ce qu’a annoncé jeudi le ministère de l'Economie. Un premier pas a déjà été fait dans ce sens puisque l'Etat a décidé d'intervenir dans des dossiers concernant Air France et Safran. Mais qu’en est-il pour les entreprises du secteur privé dans lesquelles l’Etat n’a aucune participation ? Les grands patrons du privé doivent-ils aussi baisser leur salaire ?

« Le Medef aurait dû faire appliquer une discipline »

Didier Cornardeau est président de l'Association des petits porteurs actifs, l’APPAC. Pour lui, il faut que les patrons se responsabilisent surtout en période de crise : « Il faut revenir à la raison. On parle des rémunérations mais il faut voir tous les autres avantages. Plus ils sont mauvais plus leur rémunération est importante. Ils gèrent leur fortune plutôt que la société dont ils ont la responsabilité. C’est ça qui est grave. Le Medef aurait dû déjà appliquer une certaine discipline ce qu’elle n’a jamais pu faire vis-à-vis des grands dirigeants. Il y a une période de crise, il faut que tout le monde soit sérieux sur les rémunérations ».

« Normal qu’il ait sa part du gâteau »

Stéphane de Lassus est avocat spécialisé dans la défense des entrepreneurs et des dirigeants d'entreprise. Il estime normal que les dirigeants touchent de gros salaires quand les bénéfices sont là : « Quelqu’un qui n’a pas le droit d’aller travailler chez un concurrent pendant 3 ans et qu’on paye 400 000 euros ça ne me paraît pas délirant. Quand la performance est profitable, je ne vois pas pourquoi ils n’auraient pas droit à leur plan qui a été défini à l’avance. Un dirigeant qui vient justement pour enrichir les actionnaires, je considère normal qu’il ait sa part du gâteau ».

« Qu’ils gagnent 50 fois le Smic, je n’en ai rien à faire »

Jérôme est patron d'une PME de 6 employés dans la construction écologique. Face au travail que doit fournir un dirigeant d’entreprise, il comprend les rémunérations importantes : « C’est moi qui négocie, c’est moi qui galère, c’est moi qui ne dort pas : il y a un paquet de choses à gérer. Si on ramène ça aux grands patrons, j’imagine qu’ils doivent vivre à leur échelle ce type de galère. Moi personnellement, qu’ils gagnent 50 fois le Smic, je n’en ai rien à faire. Ça ne me gêne pas qu’en contrepartie on leur donne un salaire qui dépasse mon entendement. Je comprends très bien que ces gens-là aient un grand salaire : de toute façon ils n’en profitent même pas ».

« Plus choqué par un Euro Millions à 99 millions d’euros de gain »

Stéphane est patron d'une petite entreprise de services dans la décoration et lui non, plus n’est pas choqué par ces rémunérations : « Je ne suis pas choqué plus que ça. Les salaires en eux-mêmes ce n’est pas ce qui me dérange. Quand je peux gagner de l’argent, j’ai aucun scrupule à le prendre. Le mec qui met ses tripes sur le comptoir, il prend ce dont il a besoin pour vivre. Ceux qui prennent plus, de toute façon ils coulent leur boite. Ce n’est pas tant l’argent qu’on gagne c’est ce qu’on en fait après qui est intéressant. Si je pouvais me payer 200 000 ou 300 000 euros, je pense que je ferai des heureux autour de moi. Effectivement je suis choqué par la fortune de Liliane Bettencourt mais elle a une boite qui tourne. Je suis plus choqué par un Euro Millions à 99 millions d’euros de gain ».

La Rédaction avec Hugo Perrier