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Vénissieux : une septuagénaire se suicide avant son expulsion

Agée de 72 ans, la locataire avait annoncé qu'elle ne quitterait pas son logement. Elle a été découverte par les huissiers.

Agée de 72 ans, la locataire avait annoncé qu'elle ne quitterait pas son logement. Elle a été découverte par les huissiers. - -

Une femme de 72 ans s'est suicidée à Vénissieux, près de Lyon. Handicapée et malvoyante, elle aurait dû quitter son appartement dès octobre 2011, date de la première décision d'expulsion. Ce sont les huissiers, venus la déloger, qui l’ont découverte.

Elle avait décidé qu’elle ne quitterait pas son appartement, quoi qu’il arrive. Une femme de 72 ans s'est suicidée à Vénissieux, près de Lyon, avant d'être expulsée de son logement. L'huissier et les policiers qui sont intervenus jeudi au domicile de cette locataire pour procéder à l'expulsion l'ont découverte pendue. L’expulsion avait été confirmée par la justice en février dernier car la propriétaire des lieux souhaitait mettre en vente son logement, et la vieille dame, handicapée et malvoyante, aurait dû quitter son appartement dès octobre 2011, date de la première décision d'expulsion. Selon la préfecture du Rhône, plusieurs propositions d'appartement lui aurait été proposées, notamment dans le même bâtiment, mais la septuagénaire les auraient toutes refusées. Elle était également connue des services sociaux pour sa solitude et sa fragilité.

« La triste réalité de la détresse humaine »

« La première expulsion réalisée depuis la suspension de mes arrêtés, le 16 avril 2013, se termine par un suicide, voilà la triste réalité de la détresse humaine et du désespoir », a commenté Michèle Picard, la maire PCF de la ville, à l'annonce du drame. Depuis 2010, Michèle Picard prend en effet des arrêtés interdisant les expulsions locatives sur Vénissieux, mais également les coupures d'eau, d'énergie et les saisies mobilières. Des arrêtés qui ont été dénoncés par la justice et à chaque fois annulés. Le drame vient conforter l'élue dans sa politique. « Je trouve ça triste, et en même temps, je suis très en colère. On sait tous que quand il y a des situations de ce type-là, forcément, ça peut dégénérer, il suffit de regarder les faits divers, regrette l'élue. Je considère que c’est de ma compétence, à un moment donné, d’appliquer un principe de précaution et de travailler socialement, avec du temps, pour trouver des solutions. Je crois que cette société marche sur la tête, c’est la faute de tout le monde, collectivement, la pauvreté, ce n’est pas une fatalité, c’est une conséquence des politiques menées depuis plus de 30 ans ».

« Si on m’expulse, je me suiciderai »

Marcelle, l’une des voisines de Jeanine, n’est pas étonnée. « Elle me l’a dit, et c’est écrit sur ses murs ! "Si on m’expulse, je me suiciderai". Elle payait son loyer, on ne met pas les gens à la porte comme ça », s’indigne-t-elle. A l’étage au-dessus, Lola, une autre voisine, est sous le choc. « C’est choquant, ma voisine du dessous, en détresse, et je n’étais pas au courant. Je n’ai rien vu, rien senti ».

La rédaction avec Reuters et Patrick Vignal