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Une zadiste de 89 ans en première ligne contre un projet autoroutier à Strasbourg

Germaine Schell, 89 ans, lors de l'évacuation de la ZAD de Kolbsheim, le 10 septembre 2018.

Germaine Schell, 89 ans, lors de l'évacuation de la ZAD de Kolbsheim, le 10 septembre 2018. - FREDERICK FLORIN / AFP

A Kolbsheim, en Alsace, des militants s'opposent à la construction de 24 kilomètres d'autoroute qui entraîneraient la disparition de nombreuses terres agricoles et la mise en danger d'espèces protégées. Parmi eux, Germaine Schell, bientôt nonagénaire.

"Vous faites votre métier, mais cela me fait mal au coeur quand on détruit notre nature ici. Parce que vraiment: quel avenir pour nos enfants?" Le 10 septembre dernier, Germaine Schell, 89 ans, était présente à la ZAD de Kolbsheim, près de Strasbourg, lors de son évacuation par 500 gendarmes.

"On met des autoroutes, on détruit la planète, on nous prend tout", dénonçait-elle au petit matin, avant d'interpeller les forces de l'ordre à l'aide d'un mégaphone. 

L'octogénaire, sur place depuis 5 heures avec son déambulateur ce jour-là, est de tous les événements qui rassemblent les opposants à un projet de rocade autoroutière sur la commune alsacienne, le Grand Contournement Ouest (GCO). Et dans la foule des zadistes, elle ne passe pas inaperçu.

Adhérente à Greenpeace

La presse régionale lui a consacré plusieurs portraits, France 3 et France Bleu Alsace publiant notamment des interviews de la militante. "Beaucoup de gens n’y croient plus, mais moi j’y crois, et j’irai manifester jusqu’à ma mort", lance Germaine Schell sur France 3. "Comment on peut faire une chose pareille? Détruire la forêt, détruire des milliers d’hectares de prairie, de champs", interroge cette adhérente de Greenpeace, grand-mère de six petits enfants.

Lors de l'évacuation de la ZAD, elle a été blessée au genou et touchée par des gaz lacrymogènes. "C’est la première fois que je les ai eus, à 89 ans, je ne savais même pas ce que c’était, les gaz lacrymogènes. Mais là je les ai respirés, j’étais choquée", confie-t-elle à nos confrères, expliquant avoir un genou "en bouillie" depuis qu'elle a chuté lors de l'opération des forces de l'ordre. 

"Vous savez, les CRS nous ont pris en étau et alors moi, je suis tombée en arrière, je suis tombée sur mon genou, il est tout enflé", regrette la vieille dame.

De toutes les manifestations

Une blessure qui ne l'a pas empêchée d'être présente à nouveau deux jours plus tard, le 12 septembre, quand plusieurs centaines de personnes se sont donné rendez-vous devant la mairie de Kolbsheim pour un die-in, les militants s'allongeant sur le sol pour évoquer la mort des arbres centenaires abattus pour faire place au projet. Une semaine plus tard, Germaine Schell était aussi de la manifestation qui a rassemblé quelque 2.000 personnes dans la commune alsacienne, où des zadistes ont entonné une chanson en son honneur, rapporte le site Reporterre.

Le 8 septembre, elle participait déjà à la Marche pour le climat qui était organisée à Strasbourg, comme dans de nombreuses villes en France et à l'étranger.

Décision judiciaire ce mardi

Dans la nuit de vendredi à samedi, une quinzaine d'opposants sont revenus sur l'ancienne ZAD, profitant de l'absence des forces de l'ordre. Selon ses promoteurs, le projet de GCO doit délester l'autoroute A35, régulièrement engorgée, en absorbant le trafic du nord au sud de l'Alsace. La mise en service de cette rocade de 24 kilomètres, essentiellement payante, est prévue en 2021.

Ses opposants estiment qu'elle entraînera un afflux de camions dans la région, une dégradation de la qualité de l'air, la disparition de nombreuses terres agricoles et la mise en danger d'espèces protégées, dont le Grand hamster d'Alsace. Des associations de défense de l'environnement ont introduit plusieurs recours devant la justice, dont l'un contre l'arrêté préfectoral autorisant le lancement du chantier. Le tribunal administratif de Strasbourg doit se prononcer ce mardi.

Grand hamster d'Alsace
Grand hamster d'Alsace © GERARD BAUMGART / AFP
Charlie Vandekerkhove