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Une prière contre le mariage homosexuel

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Dans un texte envoyé aux diocèses, le cardinal André Vingt-Trois appelle à lire le 15 août une prière dénonçant l’ouverture du mariage aux homosexuels. « Je ne comprends pas en quoi les églises peuvent protester contre une mesure votée démocratiquement », estime Jean-Luc Romero.

Une prière commune contre le mariage pour tous : c’est l’appel de l’Eglise catholique française pour le mercredi 15 août, jour de l'Assomption. En clair, c'est la question du mariage homosexuel qui est visée.
Dans un texte envoyé à tous les diocèses de France, le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques, rappelle sa vision de la famille et des enfants qui « doivent cesser d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l'amour d'un père et d'une mère ».
Ce choix n’est pas anodin, puisqu’en préambule, le cardinal explique clairement qu’il veut donner un signal national, compte tenu des projets du gouvernement : François Hollande a promis que le mariage serait ouvert aux couples homosexuels dès le premier semestre 2013. Selon un récent sondage BVA, 63 % des Français sont favorables à l'union entre personnes du même sexe.

« Il y a eu des élections »

Cet appel à la prière a fait bondir les associations de défense des droits des homosexuels ainsi que le Parti de Gauche, qui estime que l’Eglise est sortie de son rôle et bafoue le vote des Français.
Jean-Luc Romero, le président de l'association Elus locaux contre le Sida, appelle ainsi à arrêter la stigmatisation : « Je crois que ce serait bien que l’Eglise de France se rende compte que les homosexuels sont des êtres humains comme les autres, que leur amour est aussi beau que l’amour hétérosexuel, et qu’il faudrait arrêter de les montrer du doigt. D’ailleurs, je crois que la plupart des catholiques ne suivent pas ce genre de délire ».
Concernant l’intrusion du religieux dans la vie politique, Jean-Luc Romero appelle aussi à bien séparer les choses : « Que l’Eglise catholique participe à un débat, c’est normal, mais il y a eu des élections. La proposition du candidat Hollande a été approuvée par les Français et je ne comprends pas en quoi, aujourd’hui, les Eglises peuvent venir protester contre une mesure votée démocratiquement. »

« Qu’on interroge le peuple par referendum »

Pour une partie des voix de l'opposition, il est au contraire tout à fait normal que l’église s’intéresse aux questions de société. Le député UMP Jacques Myard compte parmi les fervents opposants au mariage pour tous: « Les Eglises, quelles qu’elles soient, israélites, musulmanes, catholiques, ont le droit de prendre position sur des questions de société et il n’y a rien de choquant dans cela. Tout cela n’est pas très sérieux, c’est de la polémique. » Et pour continuer le débat, le député a même une idée : « Qu’on interroge le peuple français par référendum. A ce moment-là, les choses seront claires, et on en discutera de manière sereine ».

« Une question de bon sens »

Selon le père Pierre Amar, prêtre de la paroisse du Chesnay près de Versailles, il n’y a aucune raison de polémiquer. « Est-ce que c’est grave de prier pour que chaque enfant bénéficie pleinement de l’amour d’un père et d’une mère ? », demande-t-il, ajoutant qu’il y a quelques années, « un texte comme cela serait passé totalement inaperçu ». « Il y a deux ans, lorsqu’on a parlé des Roms, lorsque le pape a parlé de l’accueil de l’étranger, personne n’a invoqué la laïcité, juge-t-il. Et là, tout d’un coup, alors qu’on parle de quelque chose de très simple qui ne devrait pas être une intention de prière, c’est-à-dire du meilleur qu’on puisse souhaiter à un enfant, compter sur l’amour d’un papa et d’une maman, ça dérange. Et nous, ça nous fait rire ».