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Un avocat lyonnais jugé mardi pour avoir demandé la récusation d'un juge au nom juif

Façade d'un tribunal correctionnel. (Illustration)

Façade d'un tribunal correctionnel. (Illustration) - -

Un avocat lyonnais, qui avait demandé la récusation d'un magistrat portant un nom juif, comparaît mardi devant le tribunal correctionnel de Paris pour provocation à la discrimination.

L'affaire, qui a suscité une vive émotion, avait commencé par un banal conflit autour d'une fillette. La grand-mère, défendue par Me Alexis Dubruel, avait attaqué la mère en correctionnelle mi-2012 en l'accusant de ne pas respecter son droit de visite.

Siégeant comme juge unique, Albert Lévy avait renvoyé sa décision sur d'éventuelles sanctions.

Mais maître Dubruel, révolté par ce renvoi, avait demandé la récusation du magistrat, mettant en cause son impartialité dans ce dossier "où le père de la prévenue s'appelle Moïse". Il avait joint à sa requête les pages Wikipédia de "Moïse" et "Lévy".

"Il y a lieu de s'en tenir à de simples constatations patronymiques et 'prénonymiques'", écrivait l'avocat. Niant toute motivation antisémite, il a expliqué lors d'une audience disciplinaire à Lyon avoir soupçonné une "coloration communautariste" dans l'attitude d'Albert Lévy.

En juin 2013, Albert Lévy avait repris à son compte un mot de l'historien et résistant Marc Bloch, "qui ne revendiquait sa judaïté que face aux antisémites".

Alexis Dubruel a été radié du barreau de Lyon le 16 octobre 2013, mais il a fait appel. Devant le tribunal correctionnel de Paris, où le dossier a été dépaysé, il est poursuivi par l'association Mémoire 2000, qui mène des actions de lutte contre le racisme et l'antisémitisme dans le milieu scolaire.

La question de la publicité des propos litigieux risque de faire débat. Lorsqu'elle est publique, la provocation à la discrimination constitue un délit puni d'une peine maximale d'un an et 45.000 euros d'amende. Lorsqu'elle n'est pas publique, elle est punie d'une contravention de 5ème classe (1.500 euros au plus).

Mâitre Serge Tavitian, avocat de l'association, soutient qu'il s'agit bien d'un délit car l'examen de cette "requête odieuse" s'est fait en audience publique.

D. N. avec AFP