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Trois ans d’enfer pour deux petits garçons

C'est dans ce pavillon (à droite) que les deux enfants vivaient, régulièrement prévus de nourriture, battus, et contraints à dormir dans la cave.

C'est dans ce pavillon (à droite) que les deux enfants vivaient, régulièrement prévus de nourriture, battus, et contraints à dormir dans la cave. - -

Pendant trois ans, deux garçons de 10 et 12 ans ont vécu enfermés chaque soir à la cave, au milieu de leurs excréments, régulièrement battus. C’est l’aîné, en voyant son père battre à nouveau son frère, qui a décidé d’aller à la police.

Ils vivaient un véritable enfer depuis trois ans, et personne n’a bougé. A Pavillons-sous-bois en Seine-Saint-Denis, deux petits garçons de 10 et 12 ans ont connu un interminable calvaire depuis le départ de leur mère, « une toxicomane qui a disparu dans la nature », selon une source proche de l’enquête, et l’arrivée de leur belle-mère. A partir de cette date, c’est traités comme des animaux qu’ils ont grandi, enfermés à clef le soir dans une cave sans fenêtre, où ils passaient leurs nuits sur un fin matelas et sans couverture. Là, sans point d’eau ni même électricité, ils dormaient au milieu de leurs propres déjections dans une pièce « pas nettoyée ».
Le père, un plombier de 39 ans, et leur belle-mère, une femme sans emploi de 44 ans, ont reconnu qu'il leur arrivait aussi de cacher la nourriture. Pourtant, ils n’étaient pas les seuls enfants de la maison : les deux fils de la belle-mère, deux garçons de 7 et 17 ans, étaient bien traités, « même gâtés », selon la même source. Le premier avait sa chambre à l’étage et allait dans une école privée, le second était petit rat de l’Opéra de Paris.

« Des coups de ceinturon »

Pour les deux fils du père, le quotidien était bien différent. Les violences semblaient récurrentes, parfois « à coups de ceinturon », révèle cette source, tandis qu'un autre enquêteur évoque « des ecchymoses » et « des griffures » sur les bras des enfants. Devant leur école primaire, des parents parlent d’un « petit blondinet », « très sale » et « toujours mal habillé ». « Un jour, il est venu en claquettes, alors qu'il faisait très froid », se rappelle l'un d'eux. C'est après avoir vu son petit frère prendre une raclée par leur père que l'aîné, 12 ans, a rejoint mercredi le commissariat en bus pour aller se plaindre aux policiers. « Pour lui, deux gamins dans une cave, ça ne posait pas de problèmes. Mais quand il a vu le père taper son frère, il a réalisé que c'était interdit », précise une source.

Le père « dans le déni »

Près du pavillon familial, dont les fenêtres donnent sur le cimetière municipal, plusieurs voisins ont découvert dans la presse ce qui se passait de l'autre côté de leur jardinet. « Deux ou trois fois, la nuit, j'ai entendu des cris, mais jamais je n'aurais imaginé ça », raconte Constantina. Pour justifier ces différences de traitement entre les enfants, le père « dit que ses garçons sont insupportables et qu'ils cassent tout. Ils récusent les faits et parlent de gamins turbulents et maladroits. Ils sont dans le déni ». Lui et sa compagne ont été mis en examen samedi pour violences sur mineur, défaut de soins, privation d'aliments, et placés en détention provisoire.

« Les services sociaux bernés »

Mais si les voisins n’ont rien vu, il semble que les travailleurs sociaux aussi soient passés à côté du drame. Selon le conseil général de Seine-Saint-Denis, la famille était suivie depuis 2008 et en 2010, un autre fils du père, aujourd'hui âgé de 15 ans, avait déjà été placé.
« Le père donnait des gages de bonne volonté. Il semblait juste un peu dépassé par ses gamins », souligne un porte-parole du département. « Les services sociaux ont le sentiment d'avoir été bernés », même s’ils ont dû faire face à une difficulté : les enfants ont couvert leur père pendant très longtemps.
En janvier, un rapport signale « des conditions d'hébergement dégradées et insalubres ». Le conseil général dit avoir alors transmis « une demande de placement », « Mais le juge a estimé qu'il valait mieux attendre trois mois pour tout préparer », car il arrivait à l'aîné d'être « violent vis-à-vis des autres gamins ».
Ce garçon, scolarisé en 6e dans une section destinée aux élèves en difficulté, était suivi par un neuropsychiatre pour des « troubles du comportement ». Avec son petit frère ainsi que le plus jeune des fils de sa belle-mère, ils ont été placés à l'Aide sociale à l'enfance.

Mathias Chaillot avec AFP