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Tribune polémique: des féministes accusent les signataires de "mépriser" les victimes 

Une femme tenant une pancarte lors d'une manifestation place de la République, le 29 octobre 2017 à Paris.

Une femme tenant une pancarte lors d'une manifestation place de la République, le 29 octobre 2017 à Paris. - Bertrand GUAY / AFP

Pour ces militantes et responsables associatives, la tribune défendant la "liberté" des hommes "d'importuner" les femmes ne passe pas. Elles y répondent dans un texte publié ce mercredi.

"A chaque fois que les droits des femmes progressent, que les consciences s'éveillent, les résistances apparaissent". Des féministes répondent ce mercredi à la tribune publiée la veille par Le Monde, qui entendait défendre la "liberté" des hommes "d'importuner" les femmes. Dans la foulée de l'affaire Weinstein et du mouvement balance ton porc en France, le texte signé notamment par Catherine Deneuve dénonce des "campagnes de délation", un "puritanisme" et une "justice expéditive". Dans une réponse publiée ce mercredi sur le site de Franceinfo, une trentaine de personnes reprochent aux signataires de la tribune de "mépriser" les victimes de harcèlement, d'agression sexuelle ou de viol.

"Dès que l'égalité avance, même d'un demi-millimètre, de bonnes âmes nous alertent immédiatement sur le fait qu'on risquerait de tomber dans l'excès. L'excès, nous sommes en plein dedans (...) En France, chaque jour, des centaines de milliers de femmes sont victimes de harcèlement. Des dizaines de milliers d'agressions sexuelles. Et des centaines de viols", souligne le texte, qui déplore que les signataires de la tribune "utilisent leur visibilité médiatique pour banaliser les violences sexuelles" et "méprisent de fait les millions de femmes qui subissent ou ont subi ces violences".

"Récidivistes en matière de défense de pédocriminels"

"Les signataires de la tribune du Monde sont pour la plupart des récidivistes en matière de défense de pédocriminels ou d’apologie du viol", accusent les rédactrices du texte publié ce mercredi. Une référence aux propos tenus notamment par Catherine Deneuve en mars 2017, sur les accusations de viol visant Roman Polanski. Sur le plateau de Quotidien, elle avait évoqué "une jeune fille qui avait été amenée chez Roman par sa mère, qui ne faisait pas son âge". "Il a toujours aimé les jeunes femmes. J'ai toujours trouvé que le mot de viol avait été excessif", avait-elle déclaré. 

Pour ces militantes, parmi lesquelles Caroline de Hass, les journalistes Giulia Foïs et Lauren Bastide ou la psychiatre Muriel Salmona, "les signataires mélangent délibérément un rapport de séduction, basé sur le respect et le plaisir, avec une violence".

"Cette tribune, c'est un peu le collègue gênant ou l'oncle fatigant qui ne comprend pas ce qui est en train de se passer", estiment-elles.

"Les violences pèsent sur les femmes"

Le texte répond également point par point aux arguments qui transparaissent de la tribune du Monde: "on risquerait d’aller trop loin", "on ne peut plus rien dire", "c’est du puritanisme", "on ne peut plus draguer", "c’est de la responsabilité des femmes". "Les violences pèsent sur les femmes", leur répondent-elles. "Comment imaginer un seul instant une société libérée, dans laquelle les femmes disposent librement et pleinement de leur corps et de leur sexualité lorsque plus d’une sur deux déclare avoir déjà subi des violences sexuelles?", interrogent ces militantes. 

"Les signataires de la tribune parlent de l’éducation à donner aux petites filles pour qu’elles ne se laissent pas intimider. Les femmes sont donc désignées comme responsables de ne pas être agressées", déplorent-elles.

"Leur vieux monde est en train de disparaître"

Elles pointent aussi une "drôle d'ambivalence" de la part de la centaine de femmes qui ont signé la tribune, "souvent promptes à dénoncer le sexisme quand il émane des hommes des quartiers populaires". "Mais la main au cul, quand elle est exercée par des hommes de leur milieu, relève selon elles du 'droit d’importuner'".

"Avec ce texte, elles essayent de refermer la chape de plomb que nous avons commencé à soulever. Elles n’y arriveront pas", conclut le texte. "Les porcs et leurs allié.e.s s’inquiètent? C’est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître. Très lentement – trop lentement – mais inexorablement". 

Vague d'indignation

Signé notamment par Catherine Deneuve et Brigitte Lahaie et soutenu par Christine Boutin ou encore Nadine Moranole texte du Monde a été relayé par de nombreux médias internationaux. Il a suscité l'indignation, exprimée notamment sur les réseaux sociaux, de la part d'anonymes mais aussi de femmes politiques comme Laurence Rossignol ou Ségolène Royal, de responsables associatifs et de personnalités engagées dans le mouvement #Metoo, comme Asia Argento.

"Catherine Deneuve et d'autres femmes françaises expliquent au monde comment leur misogynie intériorisée les a lobotomisées jusqu'à un point de non-retour", a regretté l'actrice sur Twitter. 

Charlie Vandekerkhove