BFMTV

Stockage compulsif, vol, méfiance: pourquoi la peur du coronavirus crée des comportements irrationnels

Le coronavirus continue de se propager dans le monde et provoque l'affolement dans de nombreux pays. Par peur des pénuries, certains se ruent dans les supermarchés pour faire des stocks de provisions. En France, plus de 8000 masques de protection ont été dérobés dans les hôpitaux. Pourquoi la peur génère-t-elle ces comportements?

Vols de masques et gels hydroalcooliques, razzia dans les supermarchés, racisme envers les asiatiques… La situation de crise sanitaire provoquée par le nouveau coronavirus engendre des comportements irrationnels guidés par la peur. "Le virus est anxiogène car invisible et imprévisible, on ne sait pas comment va évoluer la pandémie", observe le sociologue Gérard Mermet, contacté par BFMTV.com. Mais une chose est sûre, le Covid-19 continue de se propager. Ce vendredi le nombre de cas confirmés dans le monde a dépassé la barre des 100.000, et plus de 3400 personnes en sont mortes.

"C’est une crise d’une ampleur assez inédite et les incertitudes qui gravitent autour attisent la peur", analyse Isabelle Richard, docteure en psychologie sociale et environnementale.

"Il s'agit de survivre"

Et la crainte induit des comportements irrationnels. A Hong Kong, les rayons ont été dépouillés, donnant lieu à des rumeurs de pénuries, à tel point que des voleurs armés de couteaux ont agressé un chauffeur-livreur pour lui voler des centaines de rouleaux de papier toilette, avant d'être arrêtés. De longues files d’attente se sont créées aux caisses des supermarchés américains, comme à Los Angeles, où les caddies chargés de rouleaux de papier toilette et de bouteilles d'eau se sont succédé.

"Il ne s'agit plus de vivre mais de survivre", commente le sociologue Gérard Mermet.
Dans un supermarché de Los Angeles, le 29 février 2020.
Dans un supermarché de Los Angeles, le 29 février 2020. © MARK RALSTON / AFP

En France, plusieurs grands distributeurs ont observé un afflux de clients désireux de faire des stocks de produits de première nécessité pour pallier un éventuel confinement dû au nouveau coronavirus. Plusieurs hypermarchés Auchan ont ainsi été "dévalisés", avec des rayons vidés de leurs produits, "et notamment ceux des pâtes", a indiqué un porte-parole à l’AFP.

Un phénomène constaté "partout en France, et pas que dans les zones où ont été signalés des cas de personnes infectées", a-t-il souligné. Dans les hôpitaux, au moins 8300 masques et 1200 flacons de solutions hydroalcooliques, essentiels pour endiguer l'épidémie de coronavirus, ont été dérobés.

"Communication alarmiste"

"Le fait d’être confronté à un virus sur lequel on a peu d’informations suscite des tensions chez les individus, et s’ensuivent des réactions inappropriées et disproportionnées", note Isabelle Richard. La psychologue déplore l’instauration d’une communication alarmiste autour du coronavirus, source d’angoisse supplémentaire pour les populations: "Le fait de présenter un bilan du nombre de personnes contaminées et mortes chaque jour participe à la psychose." 

Gérard Mermet abonde: "Evidemment, les pouvoirs publics se doivent d’être transparents et d’appliquer les principes de précaution, mais il ne faut pas oublier de relativiser la situation en rappelant par exemple le nombre de personnes infectées qui sont désormais guéries." Sur plus de 100.000 cas confirmés, plus de 55.000 individus sont rétablis, selon la Johns-Hopkins university, qui tient un décompte en temps réel.

L’information joue donc un rôle majeur dans la manière dont les populations réagissent à une crise. En effet, "les comportements que l’on constate en ce moment ne sont pas inhérents à l’être humain, nous assure la spécialiste en psychologie sociale et environnementale. Cette perte de solidarité n’est pas systématique. En cas d’inondation ou de séisme, on remarque que les gens, après s’être mis en sécurité, s’inquiètent de la sécurité de leurs voisins. Mais ceci est dû au fait que le danger est extérieur, il n’est pas inhérent à l’homme", analyse-t-elle.

Isabelle Richard continue: "En revanche, concernant le Covid-19, les individus sont eux-mêmes potentiellement porteurs de ce qui apparaît comme le danger. Cela suscite la méfiance et les comportements irrationnels. D’où l’importance de bien communiquer sur les modes de diffusion et les manières de s’en protéger."

"Un vaccin contre la peur"

Par ailleurs, cette crise s’instaure en France dans un contexte déjà "délétère", insiste Gérard Mermet, après une année marquée par les Gilets jaunes et la réforme des retraites. "Le climat est déjà très tendu, ce qui explique des réactions disproportionnées."

Et Isabelle Richard de poursuivre: "La situation environnementale s’ajoute à la psychose ambiante. Depuis quelques années, on voit naître le phénomène de solastalgie: les gens développent des troubles du comportement et une anxiété aigüe car ils redoutent les changements climatiques et environnementaux à venir."

L’enchaînement des crises sanitaires et environnementales participe à la surenchère de comportements impulsifs guidés par la peur. "Plus qu’un vaccin contre le coronavirus, il nous faudrait un vaccin contre la peur", conclut Gérard Mermet.

Ambre Lepoivre