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Sommes-nous mieux préparés qu'en 2003 pour affronter la canicule?

Cette semaine, le mercure devrait avoisiner les 40°C dans l'Hexagone. Ce lundi, cinq départements franciliens sont placés en vigilance orange et le préfet d'Ile-de-France a déclenché le niveau 3 du plan canicule à Paris. Mais sommes-nous mieux préparés à la vague de chaleur qu'en 2003?

C'est une canicule précoce et "sans précédent" qui s'empare de l'Hexagone ce lundi, affirme Météo France. Et cette vague de chaleur exceptionnelle venant du Maghreb et d'Espagne n'est pas sans rappeler la canicule d'août 2003 qui avait provoqué une surmortalité de 15.000 personnes, en grande majorité des personnes âgées.

A la suite de cet épisode dramatique, le gouvernement a revu son dispositif de prévention et de gestion de crise avec la mise en œuvre du "plan canicule". Etat, collectivités locales, associations, professionnels de la santé… Chacune de ces entités contribue à protéger, alerter et soigner. Mais sommes-nous mieux préparés pour affronter le mercure écrasant qu'en 2003?

"On n’a jamais été aussi prêts par rapport à l’état caniculaire", assure ce lundi matin sur BFMTV Patrick Pelloux, président de l’association des médecins urgentistes de France (Amuf).

Développement des campagnes de prévention

"On n’est pas sur la même configuration qu'en 2003 car on en parle beaucoup plus, les campagnes de prévention font écho à la mobilisation qui est mise en place dans les collectivités locales", félicite le médecin. Dimanche, le site de prévisions météorologiques a placé en "vigilance orange" Paris et ses départements limitrophes ainsi que la Seine-et-Marne. Par conséquent, des mesures spécifiques ont été mises en place pour accompagner les personnes âgées et malades, les enfants et les personnes à la rue.

"La Ville a enclenché des extensions d’ouverture de lieux publics (bibliothèques, parcs et jardins, équipements publics, bains douches pour les SDF). On a également multiplié les points d’eau dans l’espace public et lancé la distribution de gourdes pour les SDF. Des kits pratiques avec des conseils d’accompagnement et le rappel des règles de bon sens en cas de sortie scolaire, ont également été distribués dans les écoles", énumère ce lundi matin sur notre antenne Emmanuel Grégoire, premier adjoint (PS) à la mairie de Paris. "La ville est prête", assure-t-il.

Actions au cas par cas 

Les habitants de la capitale peuvent rechercher ces lieux de fraîcheur sur une application dédiée, "Extrema Paris" qui recense les 922 "îlots de fraîcheurs" permanents ou temporaires. Dans le courant de la semaine, Météo France devrait étendre la "vigilance orange canicule" à d’autres départements. A un tel niveau d’alerte, les préfets de départements peuvent, au cas par cas, déclencher le niveau 3 du plan canicule (qui comporte au total quatre niveaux de prévention).

L’"alerte canicule" entraîne le déclenchement, par les services publics et les acteurs territoriaux, "d’actions de communication visant à rappeler les actions préventives individuelles à mettre en oeuvre (hydratation, mise à l’abri de la chaleur,…), le déclenchement des 'plans bleus' dans les établissements accueillant des personnes âgées ou handicapées, des services de soins infirmiers à domicile, l'aide aux personnes âgées et handicapées isolées inscrites sur les registres de la mairie", précise sur son site le ministère de la Santé.

"Retard en matière d’aide aux personnes âgées"

Au-delà de deux jours de forte chaleur, le préfet peut lancer les mesures prévues dans le plan de gestion d'une canicule départemental. Dans ce cas, les autorités peuvent avoir recours à la mobilisation de la "réserve sanitaire": des professionnels de santé se rendent disponibles pour renforcer les structures de soins saturées. 

De larges efforts ont été fournis depuis 2003, reconnaît Romain Gizolme, de l'association des directeurs au service des personnes âgées. "Il y a 16 ans, ni les experts, ni les médecins, ni même la population ne savaient qu’on pouvait mourir d’une vague de chaleur. Les plans canicule et de prévention qui ont été mis en place sont très bien", remarque-t-il. "Mais ce qui n’a pas été fait depuis 2003 c’est de recruter suffisamment de professionnels en établissement et à domicile pour mettre en œuvre correctement ces éléments de prévention. Un retard français est pris depuis 20 ans en matière d’aide aux personnes âgées", regrette-t-il.

"Responsabilité collective"

"L’Etat, les collectivités territoriales et les médecins ne peuvent pas tout. Il y a une responsabilité collective pour affronter la chaleur", prévient Patrick Pelloux. Il rappelle ainsi que les citoyens doivent par exemple s’engager à "ne pas faire de sport en plein cagnard, les patrons doivent éviter à leurs ouvriers d’être exposés à la pleine chaleur".

Le président de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf) souligne que "des personnes seront inévitablement victimes de ces épisodes de chaleur. L’an dernier, la canicule avait provoqué une hausse de 15% de la mortalité. C’est une conséquence du réchauffement climatique qu’on ne peut pas contourner" en dépit de tous les efforts déployés.

Le médecin se veut néanmoins rassurant: "Les canicules seront de plus en plus fréquentes, la population s’y adapte et il ne faut pas avoir peur car tous les services publics et hospitaliers se mobilisent et sont prêts pour aider les victimes de la canicule."

Ambre Lepoivre