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Sevran : guerre des nerfs entre dealers et habitants

A Sevran, des habitants d'un immeuble se sont révoltés contre les dealers qui sévissent dans leur hall. Il y a eu des représailles.

A Sevran, des habitants d'un immeuble se sont révoltés contre les dealers qui sévissent dans leur hall. Il y a eu des représailles. - -

A Sevran en Seine-Saint-Denis, les résidents d’un immeuble gangrené par le trafic de drogue ont voulu agir en délogeant les trafiquants de drogue de leur hall d'immeuble. Mais les trafiquants se sont vengés : les pneus de plusieurs véhicules ont été crevés.

Ras le bol ! Les habitants de Sevran en Seine-Saint-Denis en ont ras-le-bol des dealers. « Ils sont tout le temps à l’intérieur, ils vendent du shit et de la cocaïne. Quand on rentre chez nous on a l’impression qu’on est des étrangers. On vit l’enfer. La police passe vingt fois par jour mais il n’y a aucun changement », explique ainsi Charles qui ne supporte plus cette situation. Mardi soir, lui et une trentaine de locataires d'un immeuble de la cité des Beaudottes (située en zone de sécurité prioritaire) sont descendus dans leur hall d'entrée pour en faire partir les jeunes trafiquants qui sévissent tous les jours. « Un jour, on a décidé de descendre. On les a sortis », explique encore Charles.

« Pas aux citoyens d’assumer ce rôle »

Heureusement, la confrontation s'est passée dans un calme relatif même si les forces de l'ordre ont quand même dû intervenir. Mais le lendemain matin, plusieurs locataires ont constaté que les pneus de leurs voitures avaient été crevés et que certains avaient même « reçu des menaces ». Une mobilisation spontanée qui inquiète Christophe Ragondet, du syndicat de police Alliance. « Au pire, dit-il, vous vous faites agresser, au mieux vous transférez la délinquance sur un autre point. On peut comprendre l’exaspération des habitants, mais ce n’est pas aux citoyens d’assumer ce rôle-là ».

Le maire, Stéphane Gatignon, demande le retour des CRS

Le maire (EELV), Stéphane Gatignon, reçoit ces habitants ce vendredi après-midi alors qu’une dizaine d'entre eux sont allés manifester devant la mairie. Ils ont été reçus par le directeur de cabinet de Stéphane Gatignon, le maire EELV de Sevran, qui leur a indiqué que ce dernier, après avoir reçu une plainte d'une autre résidence de la même cité, avait envoyé une lettre au ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, pour lui demander le retour des CRS dans sa ville, déjà présents entre mai 2011 et juin 2012 après une dizaine de meurtres liés au trafic.

« C’est notre vie qui est en jeu »

Jacques a 52 ans. Il vit dans cet immeuble avec sa famille depuis une vingtaine d'années et a lui aussi participé à la révolte des habitants vis-à-vis des dealers. Résultat : il s’est fait crever les pneus de son véhicule. Toujours remonté contre ces jeunes qui dégradent la vie du quartier et la rendent impossible, il compte se rendre ce vendredi après-midi à l'invitation du maire de Sevran. « Ce mécontentement a démarré sur un ras-le-bol parce que c’est notre vie qui est en jeu, nos familles et nous-mêmes. On a le droit de dire notre mécontentement aux jeunes dans les halls. Quand on revient du travail en tant qu’habitant on a peur. Donc on les a considéré comme nos enfants et nous avons voulu trouver un consensus avec eux, mais ils n’ont jamais rien voulu savoir. Et la nuit, ils ont détruits des voitures, crevé des pneus. Si le maire ne fait rien, que les autorités compétentes ne font rien et si les locataires baissent les bras, je vous assure que ça va être pire. Et ce n’est pas notre souhait ».
En attendant l'éventuel retour des CRS, les habitants de cet immeuble espèrent bien se faire entendre auprès des autorités pour que des mesures soient prises en leur faveur.

Tugdual de Dieuleveult avec V. Joanin