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Rouen: des analyses de sang ont-elles été "cachées" aux pompiers qui sont intervenus à l'usine Lubrizol?

Un camion de pompier passant un barrage à proximité de l'incendie de l'usine Lubrizol, le 26 septembre à Rouen

Un camion de pompier passant un barrage à proximité de l'incendie de l'usine Lubrizol, le 26 septembre à Rouen - Lou Benoist - AFP

Un pompier étant intervenu sur l'incendie de l'usine Lubrizol jeudi dernier a déclaré que le laboratoire dans lequel il a fait des analyses de sang - afin de vérifier son état de santé - refusait de lui donner les résultats. Ses supérieurs ont démenti toute volonté de les cacher.

La méfiance s'installe à Rouen et dans ses environs depuis jeudi 26 septembre, jour de l'incendie à l'usine chimique Lubrizol. Malgré la promesse de transparence du gouvernement, et l'assurance que l'air n'est pas plus pollué que d'habitude, des riverains s'inquiètent des conséquences sanitaires de ce qui est désormais qualifié comme une "terrible catastrophe industrielle" par le gouvernement. Ils sont rejoints par des forces de l'ordre et pompiers qui sont intervenus sur le site lors de la catastrophe.

Mardi, le journal Libération a publié le témoignage d'un pompier expliquant avoir passé une quarantaine d'heures sur les lieux de l'incendie. Le Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de Seine-Maritime lui a demandé de faire un analyse sanguine pour vérifier si son intervention avait eu un impact immédiat sur sa santé. Selon son récit, lorsqu'il a voulu aller les chercher, le laboratoire a refusé de les lui donner.

"Comment voulez-vous qu’on ne devienne pas paranos?"

"On me dit que mes propres résultats d’analyses me sont inaccessibles, qu’elles doivent rester confidentielles", lance le pompier au quotidien, "Comment voulez-vous qu’on ne devienne pas paranos?" Lui y voit la preuve que "les autorités veulent cacher la vérité", un sentiment couplé avec la peur d'avoir potentiellement été gravement intoxiqué. 

"Non, le SDIS ne cachera pas à ses agents les résultats obtenus par ces analyses sanguines" a répondu, ferme, le commandant Chris Chislard, du SDIS de Seine-Maritime, à ses inquiétudes, sur BFMTV.

Selon ses explications, si le sapeur-pompier n'a pas pu accéder aux résultats, c'est parce que c'est "à l'employeur que l'on renvoie ces analyses sanguines", explique le commandant, qui mentionne un arrêté du 26 novembre 1999, de la médecine du travail. Comme le précise Check News, les résultats seront en fait transmis aux agents via la médecine du travail, qui a prescrit ces analyses.

Au chapitre 3 - 5 de l'arrêté, il est en effet noté: "Le compte-rendu d'analyses prescrites par le médecin du travail dans le cadre de sa mission (avis d'aptitude notamment) lui est directement communiqué par le laboratoire qui les a effectuées. Le médecin du travail informe le salarié des résultats".

"Des équipements n'ont pas été donnés à tout le monde"

Ce pompier, mais aussi plusieurs autres interrogés, dénonce également le manque de protection reçu pendant l'intervention. Celui interrogé par Libération affirme que les employés de l'usine étaient mieux équipés que lui, que les pompiers ont manqué de bouteilles d'air dès le premier jour, ce qui les a contraint à porter des masques en tissu, peu efficaces face à un nuage toxique.

Durant les premières heures d'intervention, "il n'y avait pas forcément les masques FFP3 [demi masque filtrant pour les aérosols] pour se protéger de l'amiante, a priori des équipements n'ont pas été donnés à tout le monde, c'est ça qui pose beaucoup question au personnel", déclare sur BFMTV Thomas Bru, délégué syndical CGT-Pompiers.

Une version totalement niée par le commandant Chris Chislard: "Les agents étaient bien porteurs d'appareils respiratoires isolants au cours de la première phase d'attaque d'incendie", assure-t-il sur BFMTV. "Ils n'ont d'ailleurs pas consommé la totalité de l'air qu'ils avaient à leur disposition, et n'ont pas été rechercher leur deuxième bouteille d'air disponible dans leur engin".

Nausées, vomissements, maux de tête...

Thomas Bru évoque aussi "des pompiers qui avaient des maux de tête, des maux de ventre, des diarrhées" après l'intervention. Plusieurs membre des forces de l'ordre et riverains ont également rapporté de tels symptômes.

"On a d'autres collègues qui ont pu avoir des irritations aux pieds parce qu'à patauger dans des eaux d'extinction mêlées à des hydrocarbures, il arrive au bout d'un moment que nos bottes ne soient pas vraiment étanches", explique également le syndicaliste.

Des examens médicaux de tous les effectifs présents ce jour-là ont été réclamés par les syndicats. Le Premier ministre Edouard Philippe a assuré que, pour les pompiers ou policiers intervenus sur le site, le gouvernement allait "faire tout ce qui est en [sa] capacité pour les accueillir dans de bonnes conditions".

Mais une semaine après l'incendie, l'inquiétude persiste. Des habitants se sont par exemple mis à rechercher eux-mêmes des traces d'une pollution potentielle. "Je me pose des questions sur ma santé", déclare sur BFMTV un CRS intervenu jeudi après-midi à 100 mètres de l'usine, qui raconte n'avoir eu qu'un masque en tissu pour se protéger. 

Salomé Vincendon