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Retraité accusé de tortures sur sa femme: un procès déchirant

René Schembri est confronté à sa femme, Colette Renault, qu'il aurait torturée pendant plus de trente ans.

René Schembri est confronté à sa femme, Colette Renault, qu'il aurait torturée pendant plus de trente ans. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Après avoir longtemps nié les faits, René Schembri, 73 ans, a reconnu à la barre mardi certains des actes qui lui sont reprochés. Récit d'une audience particulièrement forte.

"Je demande pardon à Colette". Par ces mots, René Schembri, 72 ans, a surpris la cour mardi, au deuxième jour de son procès. L'enseignant à la retraite, homme de petite taille, moustache et cheveux poivre et sel, accusé d'avoir torturé et infligé les pires sévices à son ex-épouse durant une trentaine d'années, est passé aux aveux. Retour sur un procès hors normes.

> Le revirement inattendu de René

René Schembri comparaît depuis lundi devant la cour d'assises de Haute-Garonne. Dès le premier jour, il nie les faits. "Je confirme ce que j'ai toujours dit: n'avoir été en rien" dans les blessures dont souffre Colette Renault, son ex-épouse, âgée de 71 ans. "Je compatis", lâche cependant l'accusé.

Les blessures sont innommables. Pendant la lecture des sévices subis durant 32 ans, sans relâche, un juré suppléant s'évanouit, avant d'être hospitalisé. A la barre, Colette parle d'une voix faible, entrecoupée de pleurs. Elle réclame seulement "une reconnaissance de la justice. Il nie tout, moi je voudrais qu'il reconnaisse, je fais ça pour avoir un pardon. C'est lui le bourreau".

Et puis soudain, au second jour du procès, René Schembri change son discours. Il avoue les faits. "Par pudeur, j'ai été stupide de me cacher derrière des dénégations". "Il est temps d'en finir. Je demande pardon".

Stupéfaction dans la salle. Le président de la cour insiste. "Reconnaissez-vous les actes de torture et de barbarie? J'ai cru l'entendre dans vos propos". René Schembri se cabre. "Pour l'essentiel, j'assume tout. On a été complices. Dans l'intimité, il y a eu des dérapages, des libertés. Ca s'est fait à deux".

> Le témoignage bouleversant de Colette

Colette Renault et René Schembri se sont mariés en 1971. Par deux fois, elle a tenté de fuir, mais a été rattrapée par son mari. La première fuite a eu lieu quatre mois seulement après leur mariage. "J'ai pardonné, je suis repartie avec lui", confie celle qu'il appelait "le punching-ball".

Longtemps, elle vivra isolée. "J'ai vécu 19 ans en Afrique, la plupart du temps en brousse, donc impossible de m'échapper". A deux reprises, elle tentera de se suicider. Elle se libère finalement de son emprise en 2002, et obtient le divorce trois ans plus tard.

Dans la salle d'audience, assise à quelques mètres de celui qu'elle appelle désormais "M. Schembri", Colette égrène la longue litanie de ses sévices. "Quand je pleurais, je prenais double". Au sujet des violences sexuelles, elle confie: "J'acceptais et cela montait toujours un cran au-dessus". "Je ne m'y suis pas opposée car je voulais toujours le satisfaire".

> Le déchirement de leurs filles

Les époux ont eu deux filles ensemble, Sylvie et Catherine. Toutes deux, en froid aujourd'hui, ont des visions diamétralement opposées de l'histoire de leurs parents. Catherine, 32 ans, affirme n'avoir rien vu des scènes de violence, si ce n'est "des disputes de temps en temps". Les tortures et actes de barbarie? "Je tombe des nues. Il a été un papa poule avec moi".

Elle se met à la place de sa mère, qui ne lui adressera pas un regard pendant l'audience. "Je n'aurais pas laissé passer tout cela, je n'aurais pas laissé mes enfants dans ce contexte". Evoquant la fuite définitive de sa mère, en 2002, elle regrette qu'elle ne l'ait pas avertie. "J'aurais aimé qu'elle me prévienne, comme maintenant".

Sylvie, l'aînée de la famille de 43 ans, a quant à elle coupé les ponts avec son père en 2003. "Pour me protéger, ne plus être sous une quelconque emprise". Elle affirme avoir été violée par son père, des faits trop anciens pour qu'ils puissent être jugés aujourd'hui. "Moi aussi quelque part j'ai accepté. On finit par céder. Au bout d'un moment, on n'a plus le choix. Je comprends ma mère".

L'avocat de René Schembri demande au président de la cour de confronter les deux soeurs. Le magistrat refuse, avant de lancer: "Nous sommes ici les témoins voyeurs d'une famille déchirée. Je n'ai pas le goût d'en abuser pour ressasser des situations sur lesquelles nous n'avons pas à nous prononcer".

Le verdict est attendu mercredi. René Schembri risque de quinze à vingt ans de réclusion criminelle.

Alexandra Gonzalez