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Restos du cœur : de plus en plus de monde, de moins en moins de denrées

En un an, la fréquentation des Restos du coeur a augmenté de 11%. L'association manque de produits pour bébés et de produits d'hygiène.

En un an, la fréquentation des Restos du coeur a augmenté de 11%. L'association manque de produits pour bébés et de produits d'hygiène. - -

Les Restos du cœur lancent ce vendredi leur campagne nationale. En un an, le nombre de bénéficiaires a grimpé de plus de 10% et l’association manque cruellement de produits pour bébés et produits d’hygiène. « Je suis inquiète pour mes enfants », témoigne sur RMC une bénéficiaire.

A leur lancement, les Restos du cœur ne devaient être qu’une solution temporaire, un mouvement voué à disparaître. 28 ans plus tard, ils sont toujours là, et ont toujours besoin d’aide. L’association lance ce vendredi sa collecte annuelle. Toute la journée ainsi que demain samedi, des milliers de bénévoles se tiendront donc aux portes de 6 000 supermarchés pour donner une liste de courses et des sacs à remplir en fonction de votre générosité et bien sûr de vos moyens.
Pendant la campagne d'hiver 2012-2013 qui se termine fin mars, la fréquentation des restaurants du Cœur a déjà augmenté de 11%, soit 966 000 personnes contre 870 000 l'année dernière.

Priorité aux produits pour bébés

Si vous souhaitez faire un geste, il faut donc privilégier les produits non périssables (conserves, pâtes, riz, gâteaux secs, etc.). Mais comme l’explique Marc Escallez, directeur du centre du 15e arrondissement de Paris, la priorité reste « les produits bébé : couches, lait, petits pots. Toutes ces femmes seules avec des bébés viennent surtout pour le lait : une boîte de lait, c’est 13 ou 14 euros. Cette année, on en a très peu, et on est en manque de couches. Ce qu’on va demander, c’est aussi du gel douche, du savon, du shampooing, des produits nécessaires mais chers pour ces familles ». Dentifrice, brosses à dent, rasoirs et mousse à raser manquent aussi cruellement.
« Dans ce centre, c’est surtout des personnes seules, des étudiants, et des mères de famille seules, avec deux, trois enfants, remarque Marc Escallez. C’est le coût de la vie qui augmente, le prix des loyers, car même s’ils ont des petits appartements ou des loyers sociaux, les prix augmentent malgré tout, on est à 10 à 11% d’augmentation. Et je ne vois pas comment ça peut diminuer ».

« J’ai dû envoyer mon fils chez la voisine pour manger »

Keira, 56 ans, est l’une de ces femmes seules dans le besoin. Divorcée avec quatre enfants, elle vient aux Restos du cœur depuis quatre ans et n'arrive pas à s'en sortir. Cet hiver, le nombre de bénéficiaires a augmenté de 11%. Mais les paniers qui leur sont distribués, eux, sont de plus en plus maigres. « Cette année, ça a un petit peu diminué, on comprend, c’est la crise. Je viens deux fois par semaine. Ça m’inquiète, surtout pour nos enfants. Moi, rester deux jours sans manger, je comprends, mais eux, ils ne comprennent pas. Il y a deux semaines, j’ai dû envoyer mon fils chez la voisine pour manger ».

« Je ne crois pas pouvoir tenir une semaine avec ça »

Jessica, la cinquantaine, grande blonde élégante, a été forcée de pousser la porte des Restos du cœur. « Mon conjoint est décédé, je suis obligée d’assumer seule les charges, je n’ai plus de quoi me nourrir, témoigne-t-elle sur RMC ». Quand elle a rencontré Coluche dans les années 80, elle n’imaginait pas qu’elle ferait un jour la queue avec des familles au RSA. « J’ai deux pommes, un potiron, un gratin de poisson, un steak, des œufs, et un dessert, compte-t-elle. Je ne crois pas pouvoir tenir une semaine avec tout ça. Heureusement, j’ai l’espoir que ça aille mieux par la suite ». Selon le directeur du centre, une cinquantaine de personnes se sont inscrites depuis le mois de novembre. C’est deux fois plus que les années précédentes.

Mathias Chaillot avec Violette Voldoire