BFMTV

Rester ou rentrer? Le dilemme des Franciliens exilés en province à l'approche du 11 mai

Un paysage de campagne - Image d'illustration

Un paysage de campagne - Image d'illustration - Pixabay

Ils et elles se sont confinés dans leur résidence secondaire, chez leur famille ou chez des amis. Si certains et certaines ont prévu de rentrer pour le 11 mai, d'autres envisagent de prolonger leur séjour, loin de chez eux.

Alors que le plan de déconfinement a été présenté mardi par le Premier ministre et que la population devrait pouvoir commencer à retrouver l'air libre à partir du 11 mai "si les indicateurs sont au rendez-vous" a prévenu Édouard Philippe - n'excluant pas un prolongement du confinement en cas de hausse des contaminations au Covid-19 - que vont décider celles et ceux qui ont préféré se confiner ailleurs que dans leur résidence principale?

"Niveau budget, ça commence à être lourd"

Pour Marina*, agente de voyage en chômage partiel et mère de deux enfants, ce sera retour à la maison. Cette jeune femme qui réside dans les Hauts-de-Seine s'est vue proposer par ses voisins franciliens d'emménager le temps du confinement dans leur propriété familiale du Finistère.

Ce n'est pas tant pour le retour à l'école de ses enfants de 4 et 7 ans qu'elle a décidé de rentrer - "je ne les y mettrai pas si je ne suis pas certaine qu'ils pourront travailler dans de bonnes conditions et de manière suffisamment sécurisée" - mais surtout pour des raisons financières.

"Je dois rendre la maison que je loue à la famille de mes voisins, d'autres personnes vont arriver, explique la jeune femme de 35 ans à BFMTV.com. Et puis niveau budget, ça commence à être lourd: deux mois de loyer en plus de celui de notre appartement de Saint-Cloud, je ne pouvais de toute façon pas continuer, même si c'était mieux pour les enfants."

Les modalités de son retour ne sont pas encore tranchées et Marina se demande quelles seront les autorisations pour les personnes dans son cas. Le secrétaire d’État aux transports a déclaré que les Parisiens exilés devraient rentrer "de façon ordonnée".

"L'idée, c'est bien sûr de les faire rentrer, a indiqué Jean-Baptiste Djebarri, s'ils ont besoin physiquement d'aller au travail ou s'ils ont la volonté de remettre leurs enfants à l'école." 

Mais les nombres de trains et de places par train resteront limités. 

"On n'a que nos affaires de ski"

Mélanie* fait également partie de ce million d'habitants de l'agglomération parisienne qui se sont exilés en province pour le confinement. La jeune femme de 33 ans, à la tête d'une start-up, s'est ainsi installée chez ses parents, en Seine-et-Marne, avec son conjoint.

"On était à la montagne quand le confinement a été annoncé. On est rentré en catastrophe et on s'est dit que la maison avec jardin c'était mieux que notre appartement de Montreuil" (en Seine-Saint-Denis, NDLR), confie-t-elle à BFMTV.com.

Comme Marina, Mélanie envisage elle aussi de rentrer chez elle.

"On ne va pas continuer à vivre comme ça des mois et des mois, en plus, on n'a que nos affaires de ski avec nous."

Mais ce n'est pas tant pour des problématiques vestimentaires que pour des obligations professionnelles que le couple sera de retour à Montreuil après le 11 mai.

"On a besoin de rentrer, le télétravail et la visio, d'autant plus quand on n'est pas chez soi, ça a ses limites. J'espère pouvoir de nouveau rencontrer physiquement mes clients."

"On va encore attendre avant de rentrer"

Marie-Caroline*, une Parisienne de 28 ans, s'est également confinée en famille avec belles-sœurs, beau-frère et cousin dans la maison de vacances de ses beaux-parents, dans la Drôme. Mais de son côté, pas question de rentrer le 11 mai.

Cette développeuse qui assure avoir des fragilités respiratoires craint une deuxième vague de l'épidémie et préfère éviter l'Île-de-France dans les prochaines semaines. Dans cette région où les hôpitaux ont été particulièrement en tension, 12,6% de la population aurait été contaminée.

"On va encore attendre avant de rentrer, on a peur de revenir au mauvais moment, confie-t-elle à BFMTV.com. C'est vrai que le télétravail, ce n'est pas toujours évident, d'autant plus quand on est confiné à plusieurs. Mais de toute façon, mon employeur m'a prévenue que les locaux ne rouvriraient pas avant début juin."

Manon* prolongera elle aussi son séjour marseillais. Cette Parisienne qui télétravaille au service marketing d'une start-up a filé chez sa mère lorsque le confinement a été annoncé.

"À Paris, je n'ai pas de balcon, déclare-t-elle à BFMTV.com. Au moins, ici, je peux profiter de la terrasse et je prends mes pauses au soleil. Tous les midis, je déjeune dehors."

La jeune femme de 28 ans ne pensait pas que son exil marseillais durerait aussi longtemps. Si son appartement parisien dans lequel elle venait d'emménager commence à lui manquer, elle ne rentrera pas avant la fin du mois de mai.

"Ma boîte ne rouvrira pas physiquement avant juillet. Je ne regrette pas, je suis mieux à Marseille." 

"Les vacances risquent de durer"

Pour Oriane*, une guide-conférencière de 34 ans, la situation est un peu plus compliquée. Car cette jeune femme qui vit à Montréal était de passage en France lorsque le confinement a été annoncé et que les frontières canadiennes ont été fermées.

"Je ne devais rester que trois jours chez mes parents, dans les Yvelines, raconte-t-elle à BFMTV.com. Les vacances se sont prolongées et risquent de durer encore un peu."

Oriane ne sait pas quand ni dans combien de temps elle pourra rentrer chez elle, au Canada.

"Il n'y a que ceux qui ont la nationalité ou une carte de résident permanent qui ont pu y retourner. C'est difficile de faire des plans, mais j'espère pouvoir profiter du déconfinement pour aller rendre visite à mes amis que je ne vois pas souvent, notamment en Seine-et-Marne et à Annecy."

Mais pour l'instant, ce n'est pas encore possible. Car Édouard Philippe a précisé que les déplacements n'étaient autorisés que dans un périmètre de 100km autour de sa résidence.

"J'aimerais bien reprendre ma vie"

C'est pour cela que Clara*, une étudiante en master de journalisme, a bon espoir de pouvoir rentrer chez elle pour finir son année scolaire à distance et rédiger son mémoire. Cette jeune femme de 23 ans qui a préféré se confiner dans l'Eure et la maison de ses parents plutôt que dans son petit appartement parisien envisage ainsi de retourner à Paris le 11 mai.

"J'ai regardé: entre l'adresse de mes parents et mon domicile, c'est moins de 100km, ils sont vraiment à la frontière avec l'Île-de-France, témoigne-t-elle pour BFMTV.com. Il faut que je rende du matériel à l'école, que je trouve un stage pour cet été et puis j'aimerais bien revoir mes amis et reprendre ma vie."

Pourtant, en principe, les déplacements interdépartementaux ou interrégionaux ne sont pas autorisés et doivent être réduits "aux seuls motifs professionnels ou familiaux impérieux", a précisé le Premier ministre. 

Sandra*, une journaliste qui réside à Paris, fait fi de ces limitations de déplacement. Cette jeune femme de 34 ans, son conjoint et leurs deux filles se sont dans un premier temps confinés dans leur résidence secondaire du Lubéron. Et ont ensuite décidé d'alterner individuellement quinze jours de travail, quinze jours auprès de leurs filles qui n'ont quant à elles pas quitté la maison de vacances depuis la mi-mars.

"On s'est organisé comme ça jusqu'à fin mai, explique-t-elle à BFMTV.com. Avec le travail, on a pu avoir une attestation dérogatoire de déplacement. Si la grande peut retourner à la maternelle, tout le monde rentrera à Paris. Mais si ce n'est pas le cas, pas question de les faire revenir pour les enfermer dans un petit appartement, d'autant plus si les parcs ne sont toujours pas ouverts. Au moins, là-bas, elles profitent de la nature."

Tous les témoins marqués d'une * n'ont souhaité être présentés que par leur prénom.

Céline Hussonnois-Alaya