× BFMTV
Découvrez l'application
BFMTV
INSTALLER

Rescapés des attentats de Paris, ils témoignent

Ils ont vécu l’horreur. Gauthier, Khaled, Sophie et quelques autres se trouvaient vendredi soir dans le Bataclan, près du Petit Cambodge, de La Belle Equipe, ou du Stade de France. Ils racontent sur BFMTV ce qu’ils ont vécu et vu ce soir-là. Des corps qui tombent, des hommes qui tirent de sang-froid sur la foule, la panique, la course pour la survie. Leur récit est glaçant.

 Ils nous tiraient dessus pendant qu’on essayait de s’enfuir 

 Ca se passait super bien, l’ambiance était vraiment hyper sympa.C’était un bon concert. Et puis ça s’est transformé en quelque chose d’absolument chaotique que même moi, quelques jours après, quelques heures après, je n’arrive toujours pas à réaliser.

Je me situais à côté de la régie, derrière la fosse. A gauche de là où ils sont arrivés. A l’opposé de la sortie de secours par laquelle je suis sortie. J’ai réussi à sortir par la sortie qui était à côté de la scène.

On a entendu des explosions. Comme tout le monde on a cru que ça faisait partie du show. C’est un groupe de rock, on s’est dit des pétards c’est pas illogique. Là on voit des gens tomber, qui commencent à prendre des balles. Il y a un mouvement de panique, parce que les gens comprennent que des gens sont en train de mourir, se font tirer dessus.

Etant en face des escaliers, j’ai suivi la foule. Je savais que dans cette salle il y avait une sortie à côté de la scène. Tout le monde commence à aller dans cette direction là. Ca devient le chaos, les gens se marchent dessus, ils nous tirent dessus pendant qu’on est en train d’essayer de s’enfuir.

Je me retrouve dos à la sortie, allongé sur le dos. J’en distingue trois et j’en vois un, particulièrement, qui était en haut de l’estrade, au dessus de la régie, et qui était en train d’abattre de manière extrêmement calculée et froide, les gens allongés par terre, qui essayaient de s’enfuir. 

Gauthier, Bataclan

 On a cru à un pétard 

 On était sur la terrasse. Un mec a commencé à tirer. On a cru à un pétard. Finalement on s’est tous jetés par terre.

On a juste vu des gens courir, quelqu’un avec une arme.

On nous a d’abord évacué chez la propriétaire du bar qui était juste au-dessus. Comme c’était trop risqué - on a vu une personne être abattue, juste en dessous, au rez-de-chaussée - on a préféré aller dans la cour. 

Anna, la terrasse d’un bar à côté du Bataclan

Tout le monde se jette par terre

On voit de la lumière et on entend un bruit de pétard, on croit que ça fait partie du show. Puis tous les musiciens ont couru en direction des loges. On se met à terre. Tout le monde se jette par terre. Le type de derrière me tombe dessus, je tombe sur la personne de devant. On est tous par terre dans une sorte d’affolement qu’on ne comprend pas très bien. On entend une rafale.

Les videurs entre la scène et la barrière de protection ont ouvert les portes et ont permis aux premiers flots de gens de sortir dans la panique. Il fallait se relever se débarrasser des gens tombés sur nous, et arriver à sortir, il fallait être rapide. On se retrouve dans le passage Amelot et on comprend qu’il faut courir et se dépêcher. On ne comprend toujours pas très bien ce qu’il se passe. Rue Amelot, on voit arriver des camions de police, samu, pompiers, qui bloquent la rue.

Sidonie et Michel, Bataclan

Ils voulaient négocier avec le GIGN

J’étais en haut à gauche de la salle. C’était plein, il n’y avait plus une place. La fosse était pleine et au premier étage aussi, c’était plein. Au bout de 45 minutes, d’un seul coup, ça mitraille et la lumière s’allume. Je vois le groupe partir. Et là j’ai plongé, j’ai rampé. Je suis parti directement sur la gauche, vers les backstage.

Je sais que la sortie est là. Là il y a embouteillage, tout le monde essayait de partir. Des gens descendaient, d’autres remontaient, d’autres étaient prostrés au milieu, il fallait prendre une décision. A mi-chemin entre le premier étage et le sous-sol, il y a une porte, c’est un backstage. Ca canardait derrière. J’ai vu un ami, je l’ai attrapé par le bras, on est entrés. J’ai fermé la porte et mis le verrou. On était 20-30, il faisait une chaleur à crever. On était couchés. Il y avait des barreaux aux fenêtres.

On était faits comme des rats. Il y avait un canapé qu’on a retourné et bloqué contre la porte, et un réfrigérateur. On demandait le silence. Ca tirait sans discontinuer. Ils rechargeaient et recommençaient. Puis on a entendu ‘on veut un talkie-walkie!’. Et après, c’était un numéro de téléphone d’un otage, ils voulaient négocier avec le GIGN. On a entendu: ‘Je vous préviens, appelez-nous, on va négocier, 06…’. Et ça a recommencé à tirer. C’était interminable.

Thierry, Bataclan

 On s’est dit ça va être notre tour 

 A partir du moment où j’ai entendu les détonations, mon réflexe naturel a été de sauter sur la scène, pour essayer de trouver une sortie. De la première détonation, jusqu’au moment où on réalise que les portes sont fermées, les tirs ne s’arrêtent pas. Ils étaient quatre assaillants et j’ai eu la sensation qu’ils étaient coordonnés de façon à ce que les tirs soient continus. Ca ne s’est jamais arrêté. Jusqu’au moment où j’ai entendu une énorme explosion qui a figé tout le monde. On s’est dit ‘les murs vont s’écrouler’, on s’est dit ‘il va y avoir un incendie. Les portes vont céder, ils vont arriver et ça va être notre tour. En fait il y a eu un très grand silence qui a duré quasiment deux heures. 

Jérémy, Bataclan

 Ils ont dit que c’était à cause de ce qu’avait fait la France en Syrie 

 J’ai vu le premier assaillant entrer avec une mitraillette et commencer à tirer sur le bar. Deux ou trois vidaient leur chargeur sur la fosse, d’autres canardaient sur les balcons. Ils ont vidé tous leurs chargeurs. J’ai eu de la chance parce que le terroriste a arrêté de tirer lorsque le canon était sur moi. La personne à ma droite n’a pas eu de chance.

Au moment de la deuxième recharge, avec des gens, on a réussi à se faufiler dans la régie son à droite de la scène. (...) On a eu droit à des tirs de rafale sur la porte. On a aussi eu droit à une grenade. Ils ont commencé à nous parler, à nous dire que c’était à cause de ce qu’avait fait la France en Syrie, ces dernières semaines et que ce n’était que le début. Ils ont dit que s’ils n’arrivaient pas à nous faire sortir des salles, qu’ils feraient sauter tout le bâtiment. 

Paul, Bataclan

 Il y avait plein de cadavres par terre 

 J’ai entendu du bruit au Comptoir Général. J’ai couru vers le Carillon et Le Petit Cambodge. J’arrive sur place et il y avait plein de cadavres par terre. Je ne savais pas si c’était la réalité ou la fiction. C’est un bar du quartier où on va boire le café tous les matins. La voiture est arrivée, ils ont sorti la kalach, ils ont tiré sur tout le monde. 

Un témoin anonyme, Le Petit Cambodge

 J’ai essayé de secourir mes soeurs 

 Je me suis mis à plat-ventre, en espérant ne pas être touché. Quand j’ai entendu qu’il n’y avait plus de tirs, je me suis levé, j’ai regardé un peu. Ils se sont remis à tirer, donc je me suis recaché. j’ai attendu que ça se calme. Ca a duré une bonne minute. C’est long. Je suis sorti du restaurant. Face à tout le monde. Ils étaient tous morts ou tous souffrants. Mon premier geste a été de chercher mes deux soeurs. J’en ai trouvé une, Halima, qui était décédée sur le coup. Il restait ma deuxième soeur Hodda, que j’ai essayé de secourir. Je l’ai déplacée dans un autre restaurant. 

Khaled, La Belle équipe

 Il fuyait mon regard 

 Nous nous sommes rendu au stade avec mon fils âgé de 13 ans et un ami. Nous allions voir le match. Avant le match, mon ami a eu faim. Nous nous sommes retrouvés devant cette brasserie. On a commandé un sandwich. Je suis entré dans la brasserie pour aller aux toilettes.

En poussant la porte des toilettes, je tombe sur un individu barbu, visage creusé, typé Proche-Orient, le visage transpirant. On voyait qu’il était angoissé, les mains posées sur le lavabo, fixant la glace. Je suis ressorti, je sors de la brasserie, j’appelle mon fils pour qu’il aille aux toilettes aussi et je rejoins mon ami dehors. L’homme revient dans la brasserie, on se croise et on se touche l’épaule. Il ne s’est même pas retourné. Quand je suis arrivé devant le stand, il était encore là. Il fuyait mon regard. C’est à ce moment là qu’il y a eu l’explosion. 

Bley, Stade de France

 Même les flics ont halluciné 

 Toute la terrasse a été complètement ravagée. Il y avait peut-être une quinzaine de tables. Et tout le monde est mort. Les forces de police sont arrivées au bout de 10 minutes, un quart d’heure. Même les flics, quand ils sont arrivés ont halluciné. Ce sont les pompiers et les urgences qui ont fait les premiers soins. Eux, ils savaient quoi faire. Mais c’est une scène de guerre, nous on ne peut pas gérer un truc comme ça. C’est terrible. C’est un acharnement, ce n’est pas juste 2-3 coups, ça a duré 5 minutes. Ils n’ont laissé aucune chance. 

Antoine, Rue de Charonne

 Une dame est morte dans mes bras 

 Une dame est morte dans mes bras. Elle était inanimée, elle s’était fait tirer dessus et elle saignait beaucoup. Je l’ai mis en PLS [NDLR position latérale de sécurité], sur le côté. Il n’y avait pas beaucoup de secours au début, donc j’essayais de gérer. Des médecins sont venus, m’ont dit de lui ouvrir la bouche, de lui parler. Mais elle a fait un arrêt cardiaque. On se dit qu’on n’a pas réussi à les sauver. Qu’il y en a plein d’autres qui sont morts et qu’on est là, nous. 

Sophie, Le Petit Cambodge

 Les terroristes tiraient sur les gens au sol 

 Le concert venait de commencer depuis une demi heure à peu près. On a entendu des bruits de pétard. On s’est retourné, on a vu deux jeunes avec des mitraillettes, qui tiraient dans la foule. On s’est tous couchés au sol. Panique, cris. Ca a continué de tirer. Sur la droite de la scène, une porte a été ouverte, on s’est tous engouffrés. Mais on est restés bloqués dans les escaliers pendant 5 à 10 minutes.

Quelqu’un a réussi à ouvrir l’accès qui donne sur le toit. On est tous montés sur le toit. Un monsieur dont l’appartement donne sur le toit nous a ouvert la fenêtre et nous a fait entrer. On est restés chez lui, dans le noir, à attendre. On entendait des explosions, des mitraillettes. Ils étaient habillés en civil, sans masque. Il y avait beaucoup de gens par terre et des terroristes qui tiraient sur les gens au sol. 

Frédéric, Bataclan

 Il nous a tiré dessus 

 Il y a eu plusieurs gros claquements. Un ami militaire m’a dit ‘ils ont des armes, ils ont des kalach’, ils sont en train de tirer, rentrez tous’. On est tous entrés dans le bar. Le barman a fermé le rideau de fer. On a su après, qu’il nous visait. Il visait le groupe, il a vu du mouvement, il nous a tiré dessus. 

Un témoin anonyme, bar du Bataclan

 C’était un carnage 

 J’ai vu deux fous, qui sont arrivés. Ils ont commencé à tirer sur tout le monde. Le plus grand a dit: ‘ce que vous faites aux Syriens, vous allez payer maintenant’. Tous les corps sont tombés. Pour survivre, je me suis avancée sur un corps. Après je me suis mis près des toilettes. Il y avait beaucoup de cadavres autour de moi. Il y en a un, qui a pris son pistolet, et tiré dans ma cheville. Il a tiré une balle dans mon pied. C’était un carnage. Je n’ai jamais vu autant de personnes mortes autour de moi de toute ma vie. Je suis traumatisée. 

Jasmine, Bataclan

 J’ai entendu un gars hurler Allah Akbar 

 J’ai pensé que c’était juste des pétards. J’ai vu le groupe partir en courant, j’ai entendu les gens hurler, j’ai entendu un gars hurler Allah Akbar deux fois de suite. Et puis tout le monde s’est effondré. J’ai été écrasé par toute la foule qui tombait comme des dominos. On essayait tous de se protéger la tête”. J’ai vu le gars qui tournait en rond autour des gens qui étaient au sol, en hurlant pour que personne ne se relève et il tirait sur les gens au sol. Et quand les gens partaient en courant, il leur tirait dans le dos. 

Un témoin anonyme, Bataclan

 Il y avait des voix jeunes 

 J’étais placé au balcon. j’ai vu des hommes armés d’armes lourdes en train de faire du tir au pigeons dans le Bataclan. Il y avait des voix jeunes, entre 20 et 30 ans et une voix un peu plus vieille. Ils parlaient français. 

Lionel, Bataclan