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Pas de messe avant le 2 juin: les évêques en colère après les annonces d'Edouard Philippe

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Photo d'illustration - Ludovic MARIN / AFP

Mardi, dévoilant son plan de déconfinement devant l'Assemblée nationale, Edouard Philippe a expliqué que les rassemblements religieux restaient interdits jusqu'au 2 juin. Une date qui succède de peu à la Pentecôte, survenant le 31 mai cette année. La décision gouvernementale a exaspéré l'épiscopat catholique.

L'Esprit Saint est descendu sur les apôtres, cinquante jours après Pâques, sous la forme de "langues qu’on aurait dites de feu". C'est en tout cas ce que les chrétiens célèbrent à chaque Pentecôte, ce récit, lors duquel les disciples en viennent à parler toutes sortes d'idiomes, symbolisant la naissance de l'Eglise. Mais c'est avec le gouvernement que celle-ci doit à présent trouver une langue commune, car le torchon brûle désormais entre eux tandis que la crise liée au coronavirus se prolonge.

Cette année, la Pentecôte était fixée au 31 mai, or c'est deux jours après, le 2 juin, que l'exécutif a situé, par la bouche du Premier ministre mardi devant l'Assemblée nationale, la date à partir de laquelle les rassemblement religieux pourraient reprendre, un délai à l'origine d'une grande déception dans le clergé catholique. 

Ainsi, si les funérailles religieuses sont permises, l'assistance ne pouvant cependant dépasser vingt personnes, messes, offices ordinaires et fêtes religieuses continueront d'être suivis par les fidèles via les retransmissions télévisées ou numériques.

"Quant aux lieux de culte, je sais l’impatience des communautés religieuses. Les lieux de culte pourront continuer à rester ouverts. Mais je crois qu’il est légitime de leur demander de ne pas organiser de cérémonies avant le 2 juin", a en effet déclaré le Premier ministre.

Amertume

L'épiscopat a ainsi libellé son amertume dans son communiqué consécutif au discours d'Edouard Philippe:

"Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, au nom de tous les évêques, prend acte avec regret de cette date qui est imposée aux catholiques et à toutes les religions de notre pays. Nous partageons le souci du gouvernement de limiter au maximum la circulation de l’épidémie, mais nous voyons mal que la pratique ordinaire de la messe favorise la propagation du virus et gène le respect des gestes barrières plus que bien des activités qui reprendront bientôt."

Soulignant que la "liberté de culte" est un "élément constitutif de la vie démocratique", les évêques ont également signalé leur désir de rencontrer "pouvoirs publics, nationaux ou locaux, pour préparer la reprise effective du culte." Il est encore écrit que les fidèles sont encouragés "à se rendre dans les églises pour y prier individuellement".

La Conférence des évêques de France prend cependant soin de ne pas paraître entrer en confrontation avec l'exécutif. "Les catholiques ont respecté et respecteront les consignes du gouvernement", est-il ainsi écrit. 

"De quel droit?"

Ce mercredi, le site de l'hebdomadaire catholique La Vie note que la résignation teintée d'irritation des évêques semble renvoyer en écho la colère spontanée de nombreuses ouailles ainsi que la tonalité de certains internautes. Individuellement, les prélats eux-mêmes ont dit plus vertement encore le fond de leur pensée sur les réseaux sociaux.

Sur Twitter, Monseigneur François Touvet, évêque de Châlons, a par exemple tonné: "Interdire les rassemblements trop importants, soit. Mais interdire les 'cérémonies religieuses', de quel droit? Édouard Philippe, nous sommes responsables et disciplinés."

Un plan ignoré

"Je ne crois pas qu'on puisse capituler sans discussion devant ce qui apparaît comme un manque grave de respect envers les catholiques. Nous sommes des gens responsables, capables, autant que les commerçants et les conservateurs de musées, de prendre des précautions sanitaires", a protesté quant à lui Monseigneur Marc Aillet, évêque de Bayonne.

Et si la désillusion confine au coup de gueule, c'est parce que les ecclésiastiques ressentent une forme de mépris à leur égard. "Je reste très surpris de constater que le plan de déconfinement présenté il y a quelques jours au gouvernement par les évêques de France, avec des préconisations très strictes en matière de précautions sanitaires, n'ait pas du tout été considéré", a développé l'évêque de Bayonne dans un autre tweet.

Vendredi, la direction de l'Eglise avait en effet soumis au sommet de l'Etat un plan envisageant l'organisation d'un retour du rite en public dans les lieux de culte. Dans ce plan, étaient proposées "une grande distanciation dans les églises", "des entrées et sorties organisées" et "des mesures liturgiques respectant la sécurité, comme dans les commerces de nécessité actuellement", a précisé à l'AFP Monseigneur Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, "déçu" et éprouvant "une certaine colère".

Le précédent italien

Là encore, l'Italie a devancé la France dans cette crise. Le président du Conseil, Giuseppe Conte, avait pris la parole dès dimanche, annonçant lui aussi que l'interdiction des messes avec participation des fidèles était maintenue. La Conférence des évêques d'Italie avait également réagi avec indignation, comme l'a traduit comme suit Vatican News:

"Les évêques italiens ne peuvent accepter de voir l'exercice de la liberté de culte compromis. Il devrait être clair pour tous que l'engagement au service des pauvres, si important dans cette situation d'urgence, découle d'une foi qui doit être nourrie à sa source, en particulier la vie sacramentelle".

Dans ce conflit, le pape François a préféré joué l'apaisement, en ouverture de sa messe matinale à Sainte-Marthe mardi, note La Croix. "En cette période où il commence à y avoir des dispositions pour sortir de la quarantaine", le Saint-Père a appelé à prier "le Seigneur pour qu’Il donne à tous la grâce de la prudence et de l’obéissance à ces mesures, pour que la pandémie ne revienne pas".

Robin Verner