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Face à l'insécurité, les juifs de France de plus en plus tentés par Israël

Rue des Rosiers, dans le quartier du Marais, à Paris. (photo d'illustrations)

Rue des Rosiers, dans le quartier du Marais, à Paris. (photo d'illustrations) - Miguel Medina - AFP

Après les attentats et face au climat d'insécurité ressenti par la communauté, de plus en plus de juifs prennent la décision de quitter l'Hexagone pour partir s'installer en Israël. Au point que la France est devenue le principal pays d'émigration vers l'Etat hébreu

Partir plutôt que vivre dans la crainte. C'est le choix qu'ont déjà fait de nombreux juifs de France, après l'attentat contre l'HyperCacher, en 2015, et face au sentiment d'insécurité grandissant ressenti par les membres de la communauté, alors qu'un enseignant portant la kippa a été agressé à la machette, à Marseille, en ce début de semaine. 

Record du nombre de départs vers Israël

Selon une étude de la Fondation Jean-Jaurès publiée vendredi dernier, les Français juifs sont de plus en plus inquiets, et sont de plus en plus nombreux à prendre la décision de partir en Israël, ou à déménager pour des zones plus sûres de l'Hexagone. 

Ainsi, 7.900 départs - ou "aliyah" - ont été enregistré en 2015. Un record qui place la France au rang de premier foyer d'émigration juive. En 2014, ils étaient déjà 7.200 à avoir franchi le pas, selon cette étude, qui souligne par ailleurs que 13% des personnes interrogées "déclarent l'envisager sérieusement (soit 1 personne sur 8, ce qui montre l'ampleur du phénomène) et 29% y avoir déjà pensé, soit 43% au total".

Une mobilité observée en France

Et la mobilité ne concerne pas que la Terre Sainte. Elle s'exerce également au sein des frontières nationales, notamment en Ile-de-France, où l'on observe un redéploiement vers l'ouest parisien. Selon des données communautaires, "les effectifs ont considérablement chuté dans toute une série de communes" de Seine-Saint-Denis en quinze ans, de 2000 à 2015, explique l'étude.

"À Aulnay-sous-Bois, le nombre de familles de confession juive est ainsi passé de 600 à 100, au Blanc-Mesnil de 300 à 100, à Clichy-sous-Bois de 400 à 80 et à La Courneuve de 300 à 80", indiquent les auteurs.

Retombées économiques

Le phénomène a pris une telle ampleur qu'il n'est pas sans conséquences pour les membres de la communauté, en France. La différence se fait notamment sentir chez les commerces casher, explique Le Parisien dans son édition de ce jeudi. Un restaurateur spécialisé du 19e arrondissement de Paris, rencontré par le journal, a ainsi vu la fréquentation de son établissement baisser de 30% en l'espace de huit mois. 

"Ceux qui partent sont ceux qui ont les moyens de vivre la vie chère d'Israël", estime-t-il. "Ce sont des médecins, des avocats, des professions libérales qui sont en train de tourner le dos à la France".

Même constat au sein des écoles juives, où les effectifs se sont également réduits ces derniers mois. Selon les chiffres du Fonds social juif unifié, qui regroupe 31.000 élèves juifs français, 1.500 d'entre eux avaient quitté les établissements français à la rentrée 2015. 

Adrienne Sigel