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Qui était vraiment Jacques Mesrine ?

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« Mesrine : L'instinct de mort » sort aujourd'hui en salles. L'occasion de dresser le portrait de ce gangster aux multiples facettes, à la fois violent et fascinant.

Dans les années 70, Jacques Mesrine, ennemi public numéro 1 et homme le plus recherché de France, fascinait autant qu'il faisait peur. Avec la sortie d'un film retraçant sa vie, certains craignent une « starification » du personnage, notamment auprès des jeunes qui le découvriront au cinéma. A cela, l'acteur Vincent Cassel, qui interprète le rôle titre, répond : « Ça va, le fantôme ne va pas se réveiller. Dans le film, c'est très clair : le mec finit avec 20 balles dans le corps. Donc le jeune qui a envie de finir comme ça est déjà suicidaire avant d'aller voir les films. Maintenant, c'est vrai qu'il a encore une place dans l'inconscient collectif, qu'il a cette espèce d'aura, d'icône du contre-pouvoir... De toute façon, on n'a fait ni un pamphlet ni un brulot, mais deux films de cinéma populaire, sur un personnage qui a effectivement marqué les esprits. »

« Une ordure de moins sur terre »
Et en premier lieu, les esprits de ses victimes et de leurs proches. Le 30 juin 1978, Jacques Mesrine et son complice François Besse, déguisés en faux policiers, se présentent au domicile de Jeannine Martigny. Le mari de celle-ci était cadre à la Société Générale, une banque que Mesrine avait braquée quelques années plus tôt. Mesrine avait trouvé leur adresse, il les a pris en otages pendant quelques heures pour ensuite se rendre à la banque et dérober 350 000 euros. Encore très marquée, Jeannine revient sur cette journée et sur la personnalité de Jacques Mesrine : « Tout était directif. Il planifiait tout. Il était très imposant, il avait un certain charisme. Avec tout ce que j'entends maintenant, ça y est, il est reparti en star. Mais en revanche, on ne s'occupe pas des victimes. Ça me rend encore plus haineuse. Je pense qu'il était intelligent et charmeur, mais avec un caractère méchant. Quand on a annoncé sa mort, on a dit : "une ordure de moins sur terre". Et je continue à le dire. »

« Drôle, séducteur et applaudi »

Bruno Mesrine, le fils de Jacques, a aujourd'hui encore du mal à admettre que son père était un gangster très violent. Il se souvient d'un homme séducteur, qui aimait les femmes, et avait de l'humour : « Mon père disait : "le jour où l'anti-gang aura des pistolets à bouchons, moi j'aurai un pistolet à eau !". C'était quelqu'un qui avait toujours le sourire aux lèvres, qui rigolait pratiquement toute la journée. Donc, plutôt que l'instinct de mort, l'instinct de vie. Ce qui était bizarre, c'est que quand il braquait, les gens applaudissaient ; quand il s'évadait, les gens disaient "bravo". Et c'est quelque part ce qui a fait sa légende. » Rappelons que la polémique sur Jacques Mesrine existe jusque dans les statistiques. Dans son autobiographie parue en 1977, le gangster se vante d'avoir liquidé « une quarantaine de personnes ». Dans les faits, difficile de comptabiliser avec précision : la mort de deux gardes forestiers au Québec en 1972 lui a été imputée avec certitude. Lors de ses braquages et évasions, de nombreuses personnes ont été blessées et d'autres, prises en otage, traumatisées.

« Un gangster atypique, violent et sadique »

René-Georges Querry était le chef adjoint de la brigade anti-gang à Paris. Il était à la porte de Clignancourt le 2 novembre 1979, quand Mesrine a été abattu par la police. Il le reconnaît, l'affaire Mesrine était l'une des plus importantes de sa carrière, et ce personnage, qui se déguisait, changeait d'identités, jouait au chat et à la souris avec la police, était unique en son genre : « Des gangsters du type de Mesrine, il n'y en a pas eu beaucoup. Et je ne pense pas qu'il y en aura d'autres, parce qu'il était assez atypique, par sa violence, son sadisme. J'ai connu d'autres gangsters, des tueurs, mais ils n'humiliaient pas, ne torturaient pas. L'idéologie de Mesrine, c'était se battre contre les quartiers de haute sécurité et contre l'Etat répressif. Son côté hâbleur et provocateur restera incontestablement sa marque. »

Juliette VINCENT, avec Véronique VERDIN