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Présentiel, distanciel, phygital: à quoi ressemble la rentrée dans l'enseignement supérieur?

Une étudiante passe un examen en ligne le 27 mars 2020, pendant le confinement, à Chisseaux, près de Tours (photo d'illustration)

Une étudiante passe un examen en ligne le 27 mars 2020, pendant le confinement, à Chisseaux, près de Tours (photo d'illustration) - Alain Jocard-AFP

La pandémie de Covid-19 a imposé aux établissements du supérieur de faire preuve d'imagination pour accueillir les quelque 2,7 millions d'étudiants et étudiantes.

Rentrée inédite dans le supérieur. Alors que les 2,7 millions d'étudiants et étudiantes ont repris ou sont sur le point de reprendre les cours, du côté des établissements, il a fallu innover, distanciation et pandémie de Covid-19 obligent. Pour nombre d'entre eux, une formule hybride s'est imposée.

Distanciel et "phygital"

Impossible dans un contexte sanitaire compliqué d'accueillir tous les étudiants en même temps. Des arbitrages ont donc été effectués pour trancher entre présentiel et distanciel. En clair, certains étudiants ou niveaux ont parfois été privilégiés.

À la Montpellier Business School, les cours sur place sont réservés aux étudiants de première et deuxième années du programme grande école ainsi qu'à ceux de première et deuxième année du bachelor. Pour les autres, l'accueil sur place se fera plus tard, comme pour les étudiants en alternance ou les étrangers qui seront en distanciel jusqu'à la fin de l'année et en présentiel à partir du mois de janvier 2021.

Solution optée par certains: les cours en "phygital". En clair, l'effectif est divisé par deux. Une première moitié d'étudiants assistent aux cours physiquement sur place, l'autre en direct mais à distance. La semaine suivante, les groupes sont intervertis. Cette alternance se fait aussi parfois un jour sur deux, voire en découpant la journée matin/après-midi.

Maximiser le présentiel à l'université

Dans les universités, qui comptent 1,7 million de jeunes, la priorité pour cette rentrée c'est "l'accueil des étudiants dans l'enceinte des établissements", assure à BFMTV.com Guillaume Gellé, président de l'Université de Reims Champagne-Ardenne.

"Les enseignants souhaitaient revoir leurs étudiants. On a aussi voulu organiser un enseignement en maximisant le présentiel. L'idée, c'est de veiller à ce qu'ils aient accès à une continuité pédagogique dans une année qui pourrait être chaotique. On a tous préparé différents scénarios de rentrée et on s'attend à un durcissement des conditions sanitaires."

Si le distanciel n'est pas exclu - nombre de cours magistraux sont divisés pour proposer à une partie des étudiants de les suivre à distance, ou en télétransmission dans une autre salle - les dispositions ont été prises "au cas par cas", poursuit Guillaume Gellé, également président de la commission de la formation et insertion professionnelle à la conférence des présidents d'université.

"Il n'y a pas de dispositif uniforme. C'est à l'appréciation des universités, voires des équipes pédagogiques. Si certains enseignants ont pu faire évoluer leur pédagogie, d'autres équipes l'ont adaptée pour du distanciel sur une durée plus courte."

Ce président d'université évoque ainsi l'un de ses masters en criminologie qui s'apprête à se convertir à 100% en distanciel. Difficilement envisageable pour les primo-entrants, avec un taux d'échec de 60% en première année. Mais comme Guillaume Gellé le rappelle, "nous ne voulions pas que les conditions sanitaires réduisent le nombre de jeunes accueillis à l'université". Avec la difficulté qui se répète chaque année: des effectifs importants. Des images d'amphithéâtres bondés ont été récemment relayées sur les réseaux sociaux.

Éviter les brassages

Différents critères ont ainsi dessiné le format de la rentrée, comme l'explique à BFMTV.com Laurent Champaney, vice-président de la conférence des grandes écoles (CGE) et directeur général d'Arts et métiers sciences et technologies. "Il n'y a pas de modèle unique. C'est la configuration des lieux, le nombre d'étudiants ou encore la gestion des entrées et sorties qui ont influencé le choix." Avec l'objectif d'éviter les brassages.

Concrètement, fini les grands rassemblements en amphithéâtre. Quand les grands effectifs ne sont pas divisés en petits groupes, notamment pour les cours magistraux bien souvent retransmis par visioconférence ou téléchargeables, les réunions se font par le biais de la réalité virtuelle.

Si Laurent Champaney affirme que les grandes écoles sont prêtes à basculer "du jour au lendemain" en 100% distanciel dans le cas où un établissement devait fermer - "tous nos outils d'interaction à distance sont déjà utilisés en cours pour pouvoir poursuivre immédiatement la formation" - il assure néanmoins qu'il n'était pas pour autant question, pour le moment, de se priver du présentiel.

"Nous sommes très attachés à la vie de campus, qui reste un élément essentiel dans la vie d'une grande école. D'autant que certains étudiants vivent sur place dans des résidences. Et la problématique avec le virtuel, c'est qu'il ne permet pas aux enseignants de connaître leurs étudiants."

Adieu les journées d'intégration

Mêmes réflexions du côté des IUT, où la priorité a été donnée aux travaux pratiques. "C'est ce qui nous a manqué pendant le confinement", indique à BFMTV.com Laurent Gadessaud, directeur de l'IUT de Créteil-Vitry, porte-parole et vice-président en charge des relations avec les organisations du réseau de l'assemblée des directeurs d'IUT (ADIUT).

"En construisant les emplois du temps intelligemment, on a réussi à les préserver. Les travaux pratiques représentent tout de même 40 à 50% de la formation, c'est important de garder cette place au geste, à l'apprentissage d'une technologie."

D'aurant qu'ils se déroulent la plupart du temps en petits effectifs, en moyenne une quinzaine détudiants. Quant aux travaux dirigés, les promotions ont été divisées en petits groupes et le nombre de ces séances a été augmenté. "Il a fallu faire preuve de beaucoup d'imagination sur les organisations", confie encore Laurent Gadessaud.

En ce qui concerne les journées d'intégration, si elles n'ont pas été repoussées ou tout simplement annulées, elles ont été transformées pour devenir Covid-compatibles. En clair: fini les soirées, place aux activités de plein air. L'École de management de Normandie a notamment prévu chasse au trésor et accrobranche pour remplacer la soirée dansante. Aux Arts et métiers, c'est un événement "solidaire" qui fera office de week-end d'intégration: nettoyage d'une plage pour les étudiants bordelais et travaux de réfection de peinture d'un centre social pour ceux de Metz.

"On nous a demandé d'éviter les événements trop festifs qui pourraient mettre en péril le port du masque, ajoute Laurent Champaney. Avec cette formule, nous permettons à toute une promotion d'être ensemble mais dans un espace suffisamment grand, en extérieur, et de faire quelque chose d'utile."
https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV