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Pourquoi le soutien de l'opinion aux gilets jaunes a-t-il basculé?

Le soutien à la mobilisation des gilets jaunes s'affaiblit de semaines en semaines

Le soutien à la mobilisation des gilets jaunes s'affaiblit de semaines en semaines - Gérard Julien - AFP

Le soutien à la mobilisation des gilets jaunes s'effrite semaine après semaine. Grand débat, dégradations, économie touchée... On vous explique les raisons qui ont pu mener à cette baisse.

Pour la première fois, une majorité de Français se sont prononcés en défaveur des gilets jaunes. Dans le sondage Elabe pour BFMTV publié ce mercredi, il apparaît que 56% des Français sondés estiment que la mobilisation devrait s'arrêter. Jusque là, il y avait toujours eu une majorité de Français soutenant les gilets jaunes.

"C'est effectivement une inversion importante", souligne Bernard Sananès, président de l'institut de sondage Elabe, sur BFMTV ce jeudi. "C'est la première fois que nous avons ce chiffre depuis la fin novembre où nous posons cette question. Le soutien pour que la mobilisation continue passait à un moment les 70%, entre décembre et janvier on était déjà plus qu'à 55, et là il y a cette inversion."

Les Français ne se reconnaissent plus dans la mobilisation

Pour 64% des individus interrogés dans le sondage Elabe, les manifestations qui ont lieu le samedi sont éloignées des revendications initiales des gilets jaunes, raison pour laquelle ils délaissent la mobilisation.

"Ce mouvement, il a un soutien sur ses revendications initiales liées à l'économie, liées au pouvoir d'achat, liées au rapport à l'impôt, liées à la justice sociale", explique Bernard Sananès, "il y a un décalage entre les revendications des ronds-points et les manifestations du samedi." Ainsi, deux tiers des personnes interrogées "considèrent que les manifestations du samedi ne portent plus les revendications des gilets jaunes".

Les gilets jaunes revêtent une mauvaise image

"Il y a des images de violences qui sont passées en boucle et mises en lumière en permanence", selon Hayk Shahinyan, fondateur du "Mouvement alternatif citoyen", sur BFMTV. S'il ne nie pas la violence des manifestations, il dénonce le focus qui est mis dessus et le corrèle avec la baisse de sympathie du mouvement.

Hayk Shahinyan pointe aussi du doigt le lien établi entre les gilets jaunes et l'antisémitisme. "On a parlé de l'antisémitisme, ça laisse sous-entendre presque que les gilets jaunes seraient remplis d'antisémites, ce qui n'est pas le cas. Ce sont des choses qu'on a condamnées évidemment tout de suite." 

Fin décembre, des vidéos de manifestants vêtus de gilets jaunes avaient fait une "quenelle", geste considéré comme antisémite, lors d'une manifestation. Un journaliste avait également raconté une scène d'insultes antisémites dans le métro parisien, contre une vielle dame.

A souligner que 58% des sondés interrogés dans le sondage Elabe expriment encore du soutien ou de la sympathie pour le mouvement, malgré un recul de cinq points en deux semaines seulement.

"Un certain nombre de commerçants en ont marre"

  • "Un certain nombre de commerçants en ont marre des samedis et souffrent", concède Hayk Shahinyan. Les manifestations de gilets jaunes apportent avec elles leur lot de casseurs qui détruisent, en marge des cortèges, devantures et parfois intérieurs de boutiques. Selon l'Insee, les perturbations liées au mouvement auraient fait perdre 0,1 point de PIB à la France, et 0,2 point selon la Banque de France.

"Les commerçants en ont vraiment ras-le-bol aujourd'hui, ils ne sont pas jaunes, ils sont rouge écarlate", alertait le 11 février Marcel Benezet, président de la branche cafés bars du GNI-Syndhorcat, sur BFMTV. "Il y a des gens qui ont été pillés, qui ont été dévastés, qui n'ont pas de recettes, qui ont des factures et qui ne peuvent pas les payer", ajoute-t-il. 

La Confédération des petites et moyennes entreprises a également pointé du doigt la situation catastrophique de milliers de commerçants en raison du mouvement des gilets jaunes qui agite la France depuis trois mois. 70.000 personnes seraient en "activité partielle" dans plus de "5000 établissements".

Le grand débat reconquiert l'électorat

Selon Bernard Sananes, la mise en place du grand débat entraîne également un renouveau du soutien à Emmanuel Macron: "il y a un peu plus de soutien dans l'électorat d'Emmanuel Macron, un soutien plus fort parce qu'il y a le grand débat", déclare-t-il sur BFMTV.

Le pourcentage de Français qui approuvent l'action d'Emmanuel Macron a en effet encore remonté de 6 points en février, à 34%, selon un sondage Ifop Fiducial paru ce mardi. Sa cote d'approbation retrouve ainsi son niveau d'octobre 2018 (33%) avant la crise des gilets jaunes. Elle avait touché son plus bas en décembre, à 23%.

Salomé Vincendon