BFMTV

OGM: vers un scandale sanitaire?

Un symbole anti-OGM dans un champ du sud de la France

Un symbole anti-OGM dans un champ du sud de la France - Pascal Pavani - AFP

De la France à l'Argentine en passant par le Danemark, le journaliste Paul Moreira a enquêté sur les OGM et leurs lobbies à travers le monde, pour un résultat édifiant. Et inquiétant.

"OGM, bientôt dans vos assiettes", le titre du documentaire du journaliste Paul Moreira diffusé par Canal + lundi est "volontairement percutant", a-t-il expliqué sur RMC mardi. Et les images de son enquête suffisent à inquiéter. En France d'abord, où "les OGM sont illégaux", il est impossible de savoir auprès des distributeurs comment sont nourries les bêtes vendues en barquettes.

"Xavier Belin, le patron de la FNSEA (Principal syndicat agricole a reconnu que 45% des bêtes d'élevage en France - porcs et poulets notamment - sont nourries avec du soja d'Amérique Latine (la France n'est produit pas), alors qu'il n'est inscrit que la mention 100% végétal sur les emballages, sans autre précision", explique Paul Moreira.

Valls favorable aux OGM 

Or, en Argentine où le journaliste s'est rendu, 100% des aliments pour bétail sont OGM. Sur RMC, Paul Moreira confie qu'il "n'était pas préparé à ce qu'il allait voir sur place". "Dans un village qui borde les champs de culture OGM, dans une maison sur trois il y a un enfant déformé". Sur les images, l'on peut voir que les membres inférieurs comme supérieurs ou encore la pilosité sont affectés.

L'Etat argentin soutient ce mode de culture, censé à ses débuts permettre d'utiliser bien moins de pesticides ou autres traitements anti-mauvaises herbes. Une image fortement ancrée dans l'imaginaire collectif. "Lors de la primaire PS, un certain Manuel Valls défendait l'usage d'OGM", rappelle Paul Moreira, qui a publié un article sur Mediapart sur le sujet.

Un pesticide surnommé "le venin"

Mais dans les faits, c'est un échec. "Les mauvaises herbes ont muté et résistent aux OGM. Il devient nécessaire d'utiliser toujours plus de produits - notamment le glyphosate surnommé le "venin" dont on ne connaît pas les effets", précise Paul Moreira qui avait déjà enquêté sur l'entreprise Monsanto, souvent mise en cause dans ce domaine. L'Etat argentin est impuissant et ne maîtrise absolument pas les évolutions agricoles en vigueur dans leur pays. L'exemple du Danemark - pays 100% OGM - est aussi cité. Des éleveurs de porcs ont abandonné les OGM pour nourrir leurs bêtes, après avoir constaté le développement de nombreuses maladies.

Mais loin de limiter l'expansion des OGM ou de susciter des craintes chez les dirigeants, le documentaire pointe aussi l'intense lobby qui existe à Bruxelles, au siège de l'Union européenne, pour développer l'usage des organismes génétiquement modifiés. Un traité de libre-échange signé en 2013 avec les Etats-Unis, où les OGM sont grandement utilisés, est notamment mis en cause. Le risque? Toujours moins de contrôles pour faciliter les échanges commerciaux. Au mépris du "principe de précaution", prévient Paul Moreira.

Samuel Auffray