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Obsèques de Me Sollacaro en Corse, la piste du grand banditisme

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La cérémonie d'obsèques de Me Antoine Sollacaro a débuté à 15 heures, vendredi après-midi dans son village de Propriano, en Corse-du-Sud. Le brillant avocat pénaliste a été assassiné le 16 octobre près d'Ajaccio. L'enquête s'oriente vers la piste du grand banditisme

L'avocat Antoine Sollacaro est inhumé vendredi après-midi dans son village natal de Propriano, en Corse-du-Sud, tandis que les enquêteurs poursuivent leur travail de fourmi pour retrouver les auteurs de son assassinat.
Le cercueil de bois clair de Me Sollacaro a été porté par six avocats ajacciens, dont ses collaborateurs, à l'intérieur de l'église Notre-Dame de la Miséricorde, pleine à craquer au-dessus du port de Propriano. Il a été déposé devant l'autel, avec la robe de l'avocat pénaliste en travers du cercueil.
Avant l'office religieux, le bâtonnier d'Ajaccio, Me Marc Maroselli, a prononcé l'éloge funèbre du pénaliste assassiné, insistant sur « sa générosité, ses qualités de juriste opiniâtre et clairvoyant, (...) grand travailleur et un homme de coeur ».
Depuis mardi, cette station balnéaire de quelque 3 000 âmes est en deuil: Me Sollacaro y avait vu le jour le 30 janvier 1949 et y avait toujours conservé un cabinet secondaire.
Dans la matinée, déjà, le barreau de Marseille, qui compte de nombreux avocats corses, a observé une minute de silence à la mémoire de Me Sollacaro, tué de neuf balles mardi à Ajaccio, à l'âge 63 ans.

La piste du grand banditisme

Une information judiciaire a été ouverte vendredi à Marseille pour assassinat en bande organisée et association de malfaiteurs. Trois juges d'instruction vont diriger cette enquête confiée à la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs, chargée de la lutte contre le crime organisé) de Marseille.
A Ajaccio, les enquêteurs de la police judiciaire poursuivent leurs investigations sur ce 15e assassinat en Corse depuis le début de l'année.
Renforcés d'une dizaine de fonctionnaires de la direction centrale, ils étudient tous les indices qui permettraient de retrouver la trace du commando de deux tueurs à moto qui a exécuté l'ancien bâtonnier d'Ajaccio dans une station-service proche du centre-ville, où Me Sollacaro s'arrêtait chaque matin pour y acheter le journal.
Ils ont retrouvé le propriétaire d'une moto du type de celle utilisée par le commando, une BMW GS 1200, déclarée volée récemment à Ajaccio.
L'enquête pourrait s'orienter vers la piste du grand banditisme, notamment au regard du mode opératoire portant la signature de tueurs très expérimentés.
Les enquêteurs, qui se sont rendus avec le bâtonnier Maroselli au cabinet et au domicile de Me Sollacaro, examinent aussi certains dossiers sur lesquels travaillait la victime, instruits notamment à la Jirs.

Valls appelle à la « rébellion »

L'assassinat de Me Sollacaro, moins de deux heures après celui, en Haute-Corse, d'un ancien militant nationaliste reconverti dans l'immobilier, a provoqué dans l'île une onde de choc qui s'est propagée jusqu'à Paris.
Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, attendu à Ajaccio début novembre, a exhorté jeudi les Corses à « se rebeller » contre ces assassinats « qui durent depuis trop longtemps » et contre « les mafias [et] le crime organisé qui gangrène la Corse, qui mérite mieux ».
Dès mercredi, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé l'élaboration d'une « directive de politique pénale spécifique » à la Corse, du type de celle adoptée récemment pour lutter contre le crime à Marseille.
Alors qu'avec seulement 310 000 habitants, la Corse détient le record de France du nombre de policiers et gendarmes par tête, il s'agirait de mieux coordonner les moyens de lutte contre le grand banditisme y compris, selon Jean-Marc Ayrault, dans ses aspects fiscaux.
Le Premier ministre réunira la semaine prochaine les ministres Manuel Valls, Christine Taubira (Justice), Pierre Moscovici (Economie) et Jérôme Cahuzac (Budget) pour mettre au point ce dispositif.

Alexandre Le Mer, avec AFP