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"Nuit Debout": Frédéric Lordon, l'économiste qui séduit la place de la République 

Des militants opposés à la loi El Khomri occupent la place de la République depuis jeudi

Des militants opposés à la loi El Khomri occupent la place de la République depuis jeudi - Dominique Faget - AFP

Economiste et philosophe, Frédéric Lordon a pris la parole sur la place de la République, occupée par les militants de la "Nuit Debout", afin d'appeler à la "convergence des luttes". Portrait.

Il refuse d'emblée d'apparaître comme le "leader" d'un mouvement qui n'en a pas. Si Frédéric Lordon, directeur de recherche au CNRS et membre des "économistes atterrés", a pris la parole devant les étudiants de Tolbiac puis sur la place de la République, lors de la "Nuit Debout", il s'en excuse presque. Mais ses discours suscitent l'enthousiasme d'une foule déterminée à faire changer les choses après avoir exprimé sa colère avec le mouvement "On vaut mieux que ça".

Le souhait de ces centaines de personnes qui occupent la place la plus symbolique de Paris: une démocratie directe, participative et radicale.

"Un peu poussé au cul sur la scène"

Dans une vidéo filmée le 31 mars par le site Là-bas si j'y suis, l'économiste-philosophe et sociologue précise bien qu'il n'a pas réclamé sa place sur la scène installée place de la République.

"Les mouvements collectifs comme ceux qui sont en train de naître aujourd'hui n'ont guère besoin de prise de parole solennelle et encore moins personnelle", explique-t-il, ajoutant: "le comité d'organisation m'a un peu poussé au cul sur la scène".

Dans une interview accordée au site Le Comptoir, il se justifie encore: "Il se passe quelque chose, et je pense que ça serait une faute politique, et même une faute intellectuelle, de ne pas intervenir".

Objectif: la "convergence des luttes"

Mais la lutte contre la Loi El Khomri a, selon ses termes, rendu aux militants présents sur la place de la République depuis jeudi dernier "le sens du commun et le sens de l'affirmation", et elle est amenée à s'étendre. Appelant à suivre "la voie qui révoque les cadres, les rôles et les assignations", l'auteur du blog La pompe à phynance a conclu sa prise de parole du 31 mars d'un vibrant: "apportons-leur la catastrophe!", avant de céder la place aux musiciens.

La veille, celui qui a co-signé au mois de novembre un appel à braver l'état d'urgence, a rencontré un vif succès devant les étudiants de l'Université de Paris 1 - Tolbiac, à qui il a donné rendez-vous "dans la rue et à la Nuit Debout".

Même si les assemblées générales, où chaque décision est prise après un vote, et les concerts devraient "se suffire" à eux-mêmes, Frédéric Lordon a repris la parole dimanche, à République. 

"Nous n'occupons pas pour occuper, nous occupons pour atteindre des objectifs politiques", a-t-il expliqué, et au premier rang de ces derniers: la "convergence des luttes".

La "Nuit Debout" dans 25 villes

Invitant les chauffeurs de taxi, les salariés de Uber, les "Peugeot", les agriculteurs à prendre la parole, l'intellectuel engagé a visiblement conquis un public venu nombreux, comme en témoigne une vidéo tournée sur place par Politis.

"Mon rêve, ce serait qu'on établisse ici en miniature, une espèce de tableau de la France en état de révolte", a-t-il expliqué, proposant l'écriture de "la Constitution de la République sociale".

Le collectif "Nuit Debout", associé au DAL (Droit au Logement), a obtenu l'autorisation d'occuper la place de la République jusqu'à ce lundi, et des centaines de personnes étaient encore présentes dimanche pour la quatrième nuit consécutive. Quelques responsables politiques, dont Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon, se sont rendus à la rencontre des militants de la Nuit Debout.

Le mouvement commence à prendre au delà de Paris: 25 villes lancent un mouvement similaire. Nombre de participants font d'ailleurs le parallèle entre la "Nuit Debout" et les mouvements "Occupy", ceux des "Indignés" de Madrid, apparu en 2011.

L'examen du projet de loi El Khomri démarre ce mardi en commission à l'Assemblée, mais une grande manifestation est d'ores et déjà prévue ce samedi 9 avril, ainsi que de nombreux rassemblements un peu partout en France.

A. D.