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Non-accès aux protections hygiéniques: un tabou qui nuit aux femmes les plus précaires

Une poignée de tampons en coton.  (Photo d'illustration)

Une poignée de tampons en coton. (Photo d'illustration) - Loic Venance - AFP

Trop chères, les protections hygiéniques ne sont pas faciles à obtenir lorsqu'on est dans une situation financièrement précaire, d'autant plus quand le sujet des règles reste tabou en France.

"La précarité menstruelle est un sujet majeur", a écrit le secrétariat d'État à l'Égalité entre les hommes et les femmes mardi. A l'occasion de la journée mondiale pour l'hygiène menstruelle, quatre ministres du gouvernement, portées par la secrétaire d'État Marlène Schiappa, ont proposé un projet d'expérimentation de la gratuité des protections hygiéniques.

D'après une étude relayée par la mutuelle étudiante LMDE, une femme utilise en moyenne 22 tampons ou serviettes hygiéniques par cycle menstruel, "ce qui représente 1500 à 2000 euros de budget au cours de sa vie et c'est sans compter les antidouleurs, les sous-vêtements...". Cette mutuelle a donc récemment décidé de rembourser les protections hygiéniques à ses inscrites, à hauteur de 20 à 25 euros euros par an. Mais toutes les personnes réglées n'ont pas accès à cette aide pendant leur cycle.

"C'est tabou, donc on n'y pense pas"

"Aujourd'hui, un tiers des SDF sont des femmes. Quand on les voit on pense à l'absence de domicile, à l'absence de nourriture, pas au manque de protections hygiéniques", explique l'association Règles Élémentaires, qui organise des collectes de protections périodiques.

Lors des collectes des structures qui viennent en aide aux personnes en situation précaire, ces produits manquent. "Les tampons, serviettes ou coupes hygiéniques sont rarement collectés et intégrés dans les kits d’hygiène pensés au masculin que les associations distribuent aux SDF", écrit la Fondation des Femmes, association féministe réalisant également des appels aux dons de protections hygiéniques.

"S'il n'y a pas ou peu de protections périodiques dans les collectes, c'est parce que c'est tabou, donc on n'y pense pas", explique Règles Élémentaires.

Cette association dit avoir récupéré en trois ans 600.000 serviettes et tampons, mais aussi parfois des coupes menstruelles ("cup") ou des lingettes, pour les femmes qui ne peuvent pas en obtenir par manque de moyen. Elle fournit ensuite les associations qui les redistribuent. Des structures accueillant des femmes ont déjà appelé en urgence ce groupe quand elles se sont rendu compte qu'elles n'avaient pas du tout budgété dans leurs besoins les protections hygiéniques.

Un plus gros risque de choc toxique

Et les femmes vivant dans la rue sont loin d'être les seules concernées. Collégiennes, lycéennes ou encore étudiantes, ont petit à petit, à leur tour, contacté Règles Élémentaires pour obtenir des protections hygiéniques, car elles n'avaient pas le budget pour s'en fournir. Or, cette absence engendre des comportements sanitairement dangereux.

"Ces femmes bricolent leurs protections avec des papiers, des mouchoirs ou du papier journal" explique-t-on à Règles Élémentaires. Elles ont alors plus de chance d'être exposées au syndrome du choc toxique (SCT).

Le risque est aussi qu'elles gardent en elles une protection plus longtemps que recommandé, ce qui peut également entraîner un SCT. "Le risque de développer un SCT menstruel augmente avec le temps de port des protections internes", selon un rapport de l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire).

Le SCT est provoqué par des toxines produites par la bactérie du staphylocoque doré. Santé Magazine explique qu'il peut entraîner des fièvres, diarrhées, différentes douleurs et dans les cas les plus graves, amener "jusqu'à l'amputation ou la mort".

De l'absentéisme à l'école

Les répercussions sur la vie sociale peuvent également être importantes. Une étude faite au Royaume-Uni assurait en mars 2018 que sur 500 écolières britanniques de 10 à 18 ans interrogées, 7% avaient manqué l'école au cours de la dernière année car elles ne pouvaient pas se payer des protections hygiéniques pendant leurs règles. Les témoignages démontraient la honte régnant autour de ce sujet, certains parents avouant être allés jusqu'à voler ces produits en magasin pour que leurs filles puissent en avoir.

Chez Règles Élémentaires "on est ravi que le gouvernement s'empare du sujet" en France. Il ne s'agit pour le moment que d'une "mission sur l'expérimentation de la gratuité des protections hygiéniques" pour une mise en place dans des lieux collectifs comme des écoles, des hôpitaux ou encore des lieux de privation des libertés.

Salomé Vincendon