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#MeTooTrans: un hashtag pour témoigner de la transphobie subie par les personnes transgenres

Les témoignages de transphobie affluent sur Twitter.

Les témoignages de transphobie affluent sur Twitter. - Twitter - #MeTooTrans

Les témoignages de transphobie se multiplient depuis plusieurs jours sur Twitter après le lancement du hashtag "#MeTooTrans" dimanche.

"Deux mecs m'ont frappé dans la rue". "Un mec a touché ma poitrine pour me dire que j’étais pas un mec". "Un homme m'a envoyé un message privé pour me dire qu'il avait hâte de me violer".

Ces témoignages, d'une rare violence, affluent depuis plusieurs jours sur Twitter sous le hashtag "#MeTooTrans". Ils sont le reflet des agressions transphobes, physiques et verbales, que subissent les personnes transgenres quotidiennement. De la part d'inconnus, mais aussi de voisins ou de proches. 

"Un système toujours plus enclin à notre discrimination et à nos agressions"

Ce mouvement de libération de la parole a été lancé dimanche par Lucile, une jeune femme de 25 ans. 

"Ce hashtag a pour but de libérer la parole des agressions que nous, personnes trans, vivons, dans un système toujours plus enclin et favorable à notre discrimination et à nos agressions", poursuit-elle sur le réseau social. Avant de témoigner elle-même d'un acte transphobe dont elle a été victime: 

"#MeTooTrans quand j'ai été chopée par deux mecs dans des toilettes unisexes pour savoir si j'étais 'un homme ou une femme'. Palpage de mon corps et de mes parties intimes pour 'savoir'."

Contactée par le HuffPost, Lucile explique avoir lancé ce hashtag après la publication, le 8 novembre dernier, d'un article de TV5 Monde intitulé "A quand un "MeToo des femmes transgenres?". La jeune femme indique que plusieurs personnes concernées l'ont alors contactée pour qu'elle crée ce mot-clé. 

Lucile a depuis reçu énormément de remerciements, souligne-t-elle auprès du HuffPost, trouvant gratifiant que "des gens ont osé parler de choses dont ils n’osaient pas”. "Je m’attendais à ce que nous ayons un peu de soutien en dehors des personnes directement concernées”, ajoute-t-elle néanmoins. 

"La transphobie est omniprésente"

Dans son dernier rapport sur les actes LGBTphobes en France, SOS Homophobie révèle que 210 cas de transphobie lui ont été rapportés en 2018. "Dans presque toutes les situations, les victimes sont rejetées (85 %), et plus de la moitié d’entre elles subissent des discriminations liées à leur identité. Les insultes concernent plus de deux cas sur cinq, et les agressions physiques et/ou sexuelles sont relatées dans un cas sur dix", détaille l'association. 

"L’actualité de 2018 et les témoignages reçus par SOS homophobie montrent que la transphobie est omniprésente, dans la rue, en ligne, dans les services administratifs, et au bois de Boulogne où Vanesa Campos [une travailleuse du sexe transgenre assassinée en août 2018, ndlr] en a été la victime mortelle, et se manifeste à tout âge", décrit SOS Homophobie.

Dans le détail, 41% des actes transphobes sont commis sur Internet, 11% par la famille, 10% dans les lieux publics et 5% dans le milieu scolaire. 

"Au total, 21 faits ont eu lieu dans des lieux publics. Certains se sentent ainsi légitimes à imposer leurs stéréotypes de genre, humiliant les personnes en face, ou les déshumanisant", remarque l'association.

Si le hashtag de Lucile n'a, pour l'instant, pas autant explosé que le premier "#MeToo", les témoignages continuent de se multiplier.

Clément Boutin