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Mariage gay : la fin du débat laisse l’hémicycle au bord de la bagarre

Des huissiers se sont interposés pour calmer des députés UMP dans l'hémicycle

Des huissiers se sont interposés pour calmer des députés UMP dans l'hémicycle - -

La fin des discussions sur le mariage pour tous laisse l’Assemblée nationale exsangue. L’ambiance était explosive jeudi dans l’hémicycle lors du débat du texte en 2e lecture. Un député PS évoque « des coups de poings », alors qu’à l’extérieur, 70 à 80 manifestants ont été interpellés.

Les débats sont clos ce vendredi matin, après que les députés ont failli en venir aux mains. Jeudi soir, le climat à l’Assemblée nationale tenait plus du règlement de compte que du débat autour du mariage pour tous. Après les agressions homophobes mercredi dans un bar gay lillois et des menaces de mort envers deux députés socialistes en Vendée pour leur soutien au projet de loi, des incidents ont eu lieu jeudi soir aux abords du Palais Bourbon, en marge d’une manifestation anti mariage gay à la fin de laquelle 70 à 80 interpellations ont eu lieu. Au même moment, l’hémicycle était le théâtre de dérapages verbaux et physiques.

« Vous êtes en train d’assassiner des enfants »

Lors du débat en 2ème lecture du texte sur le mariage pour tous, la gauche et la droite se sont renvoyé la responsabilité de la multiplication de ces actes homophobes et violents. Le député UMP du Rhône Philippe Cochet a accusé la majorité « d'assassiner des enfants ». Le député a ajouté : « je n’ai pas peur de ce terme, c’est scandaleux, c’est une réalité », ce qui a valu une suspension de séance de cinq minutes.
Les allers-retours de députés UMP entre l'extérieur et l'intérieur du Palais Bourbon dans la soirée ont nourri et fait déraper les débats dans la nuit. Alors que des députés UMP demandaient des comptes au gouvernement sur l'action de la police face aux manifestants, s'est produit une scène digne du « Parlement russe » selon les mots du président de la commission des Lois Jean-Jacques Urvoas (PS). Dans la confusion la plus totale, et sous le regard interloqué des journalistes en tribune de presse, ces députés, excédés par une mimique d'un collaborateur du ministre de la Justice - ce qu'ils ont expliqué ensuite - se sont précipités au bas de l'hémicycle. Aux cris de « dehors, dehors », ils se sont approché des bancs du gouvernement. Des huissiers et le ministre chargé des Relations avec le Parlement Alain Vidalies se sont interposés pendant plusieurs minutes.

« Il faut respecter le suffrage universel »

« Ça fait trente ans que je siège dans cet hémicycle je n'ai jamais vu cela », a réagi Alain Vidalies, tandis que le président de l'Assemblée Claude Bartolone (PS) a condamné cette « descente avec menace physique ». « Des coups de poings sont partis », a affirmé Bernard Roman (PS). Une huissière a reçu un coup, selon des sources parlementaires. Après cet incident pour le moins surréaliste, Alain Vidalies a fait un compte-rendu de la manifestation aux députés, évoquant des « groupuscules d'extrême droite » et a expliqué que « la police était intervenue à la demande des responsables de la manifestation ».
Face à la radicalisation des opposants, le chef de l'Etat a appelé au respect de la démocratie. « Il y a des actes homophobes, des actes violents » et en tant que chef de l'Etat « je ne peux (les) accepter » a expliqué François Hollande. « Il faut respecter les procédures, il faut respecter les sensibilités mais en même temps respecter le parlement et la loi et respecter le suffrage universel », a-t-il ajouté. De nouveaux débordements sont à craindre dimanche lors de la prochaine manifestation organisée dimanche à Paris par le principal collectif d'opposants, "La Manif pour tous", avant le vote définitif de la loi prévu mardi prochain.

Claire Béziau, avec J. Droz et AFP