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Grève des médecins: où en sont les négociations?

Les syndicats de médecins dénoncent la "surdité" du gouvernement face à leurs revendications.

Les syndicats de médecins dénoncent la "surdité" du gouvernement face à leurs revendications. - Philippe Huguen - AFP

Le bras de fer entre médecins libéraux, généralistes et spécialistes, et le ministère de la Santé entame sa deuxième semaine. Loin d'avoir été entendus, les professionnels de la santé prévoient un mouvement sur le long terme.

Généralistes, spécialistes et désormais SOS Médecins. Le mouvement de grève des médecins, loin de faiblir, s'intensifie. Alors que la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) annonce, en moyenne, plus de 80% de grévistes pour la journée de lundi, SOS Médecins a rejoint la mobilisation en appelant ses membres à cesser le travail jusqu'à mercredi matin pour protester contre le projet de loi Santé qui doit être étudié au printemps. 

Vendredi, le Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France, prévenait: "Cette grève s'arrête normalement le 31 décembre mais on sait que ça va durer", menaçait le médecin sur RTL. Dénonçant au passage la "surdité" du gouvernement. Revendications, avancées des négociations, modalités de la grève: le point sur la situation.

> Les négociations entre les médecins, généralistes et spécialistes, et le gouvernement avancent-t-elles?

"J'ai entendu que Marisol Touraine avait écrit aux syndicats. Nous avons été reçus par la ministre deux fois depuis 15 jours, mais il n'y a pas eu de nouveau courrier", relate Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, joint par BFMTV.com. "Nous sommes toujours en attente d'un vrai dialogue."

Après une semaine de grève, l'état des négociations est au point mort. Face aux nombres de grévistes (entre 40 et 80% pour les généralistes selon le syndicat MG-France), le gouvernement nuance en mettant en avant que les cabinets fermés à cette période l'étaient aussi pour cause de vacances. Pour sortir de cette impasse, la ministre de la Santé pourrait jouer la montre, le texte ne sera débattu à l'Assemblée qu'au printemps prochain. Et user de pédagogie pour faire passer la pilule: "Elle n'a peut-être pas assez rassuré les médecins en expliquant que le tiers payant prévu s'étendra progressivement, sans occasionner de retard de paiement ou de pertes de revenu", détaille un conseiller gouvernemental cité par L'Opinion

Des options qui semblent peu probables alors que les syndicats de médecins sont pour la première fois depuis 2002 mobilisés de manière commune. "On leur a expliqué notre position, mais il paraît que nous ne savons pas lire la loi, poursuit Jean-Paul Ortiz. Malheureusement, les mots ont un sens et nous appelons à modifier profondément la loi. Et nous sommes prêts à apporter notre contribution pour la réécrire, nous sommes des syndicats responsables."

> Qu'est-il reproché au projet de loi Santé par les médecins?

Pour ce mouvement de grève, ce sont l'ensemble des médecins, généralistes, spécialistes et désormais SOS Médecins, qui sont mobilisés. Un fait suffisamment rare pour être noté. Au coeur de cette mobilisation, le projet de loi que la ministre de la Santé présentera, après plusieurs reports, au printemps prochain devant l'Assemblée nationale. "Notre volonté c'est de redonner à la médecine libérale sa véritable place au sein du système de santé", explique le président de la Confédération des syndicats médicaux français. "Ce qui signifie la liberté d'entreprendre, la liberté de s'installer mais aussi pour les patients, la liberté de choisir son médecin."

Les professionnels de la santé redoutent une "médecine administrée sous la coupe de l'Etat". Outre la généralisation du tiers payant, prévue pour l'horizon 2017, faisant redouter un retard dans les remboursement, c'est bien sur la partie "service territorial de santé" du projet de loi que se concentre la grogne. Si la loi était adoptée telle quelle, les Agences régionales de santé (ARS) auraient la possibilité de planifier les implantations des médecins généralistes et spécialistes, selon les secteurs.

Par ailleurs, les médecins généralistes réclament une revalorisation des consultations de 23 à 25 euros. "Pour les urgentistes (qui ont cessé leur grève au bout de 24 heures, ndlr), on a trouvé 90 millions d'euros. Pour nous, il y a une absence d'ouverture face à nos revendications, dénonce Jean-Paul Ortiz. De là à penser qu'on a priorisé les problèmes des médecins urgentistes par rapport aux nôtres, il n'y a qu'un pas."

> Sous quelles formes le mouvement va se poursuivre?

Jusqu'au 31 décembre, les médecins en grève continueront à fermer leur cabinet. Mais s'ils n'obtiennent pas gain de cause à cette date, la grève pourra prendre d'autres formes. Dès lundi, un rassemblement est prévu à Rennes à 14 heures pour dire "Non au tiers payant généralisé et obligatoire", "Non au monopole de l'hôpital public" et "non à la délégation des tâches médicales", comme la vaccination aux pharmaciens. 

Par la suite, cette grève pourra se traduire par des actions coup-de-poing, alors qu'une rencontre avec la ministre est prévue le 12 janvier. Le 6 janvier pourrait être un journée noire, alors que le 5 les cliniques auront rejoint le mouvement. Mais ce qui importe les syndicats, c'est bien que la mobilisation commune, généralistes et spécialistes, se poursuive.

> Les soins sont-ils assurés pendant la grève?

Il a quelques jours, Marisol Touraine assurait que la grève des médecins n'avaient provoqué "aucun afflux" et que les services d'urgence faisaient face au mouvement. "Aucun médecin libéral ne s'est soustrait au principe de réquisition, rappelle Jean-Paul Ortiz, que ce soit des généralistes comme des spécialistes, les médecins n'abandonnent jamais leurs patients."

Mais l'entrée dans le mouvement de SOS Médecins pourrait provoquer un encombrement aux urgences. "Les centres de régulations, le centre 15 ou le numéro à 4 chiffres ou à 8 chiffres ont noté un afflux d'appels extraordinaire, confirme le président de la CSMF. On est à deux à trois fois le nombre d'appels habituels." Une version confirmée par le patron du SAMU, inquiet pour cette journée de lundi. 

"On est un peu dans l'expectative de voir ce qui va se passer aujourd'hui, avec les 1.000 urgentistes de SOS Médecins qui ont rejoint le mouvement de grogne, témoigne le Dr François Braun. C'est la journée qui nous inquiétait le plus avec une reprise de l'activité ou une accentuation de la grève." Déplorant une "situation tendue", sans être en crise pour le moment, le patron du SAMU recommande aux patients d'appeler le 15 avant de se rendre directement aux urgences.

Justine Chevalier