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Dans les coulisses d’un tribunal en grève

Dans plus de 100 tribunaux et cours d'appel en France (sur 195), les audiences non urgentes sont renvoyées.

Dans plus de 100 tribunaux et cours d'appel en France (sur 195), les audiences non urgentes sont renvoyées. - -

Accusée de laxisme par Nicolas Sarkozy, la magistrature française se mobilise. Dans plus de la moitié des tribunaux et cours d'appel, les audiences non urgentes sont renvoyées. Reportage au Palais de Justice de Paris, où la tension est palpable côtés victimes, avocats et juges.

Plus de la moitié des tribunaux et cours d'appel français ont voté un renvoi des audiences pour soutenir leurs collègues de Nantes après les accusations de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Laëtitia. Dans plus de 100 tribunaux et cours d'appel en France (sur 195), les audiences sont donc renvoyées si elles ne sont pas considérées comme urgentes.

Reportage au Palais de Justice de Paris, où les magistrats n’ont rejoint le mouvement de grogne que tardivement, hier mardi. Aux abords des salles d’audiences correctionnelles, la tension était palpable pour les victimes et les prévenus. Un moment de flottement pour leurs avocats tout simplement pour savoir si leur affaire va être jugée ou non. Rien qu’hier, le président de la 14e chambre a renvoyé la dizaine d'affaires à une date ultérieure, estimant qu'elles n'étaient pas urgentes.

« Reporté à fin juin… il faut faire avec ! »

Certains comprennent, comme José, qui devait être jugé pour dénonciation calomnieuse : « J’ai fait un sacrifice, mon audience est reportée. J’aurais bien voulu que ça soit plaidé aujourd’hui, mais c’est reporté à la fin juin, donc il faut faire avec. »

« Ma cliente a payé des frais de transports importants… »

José comprend, d'autres victimes moins. Comme la cliente de Me Fauliot qui devra revenir au mois de mai : « Pour quelqu’un qui attend une décision de justice, être renvoyé à plusieurs mois, c’est jamais très amusant ; et en l’occurrence, ça l’est d’autant moins pour ma cliente, qu’elle venait d’assez loin et qu’elle a payé des frais de transports importants pour pouvoir venir à cette audience. »

« Une affaire qu’on ne pouvait pas interrompre »

Mais toutes les audiences n'ont pas été renvoyées. Les comparutions immédiates et les affaires les plus sensibles sont maintenues. Comme ce dossier qui dure depuis 7 ans, jugé sur plusieurs jours. « Une affaire qu’on ne pouvait pas interrompre, estime Jean-Claude Cohen, un des avocats, puisque les plaidoiries ont commencé hier, avec une instruction assez lourde. Et c’est tout à l’honneur de la présidente d’avoir mis au-dessus et en priorité l’intérêt du justiciable, elle a considéré que tout en étant solidaire, il fallait qu’elle termine son œuvre. »

Idem un étage au dessus, pour un procès entre communautés israélienne et palestinienne. Certaines personnes avaient fait le déplacement depuis l'étranger... le président a là aussi maintenu l'audience.

« On est désolés mais on n’a pas trouvé d’autre solution »

Et dans les couloirs, à la fin des audiences, tous les juges disaient hier la même chose : « suspendre les audiences, il n'y avait pas d'autre solution » : « On est désolés pour tous ces gens, explique l’une d’entre eux, des gens pour qui on œuvre pourtant quotidiennement, mais on n’a pas trouvé d’autre façon d’apporter une réplique à ce qu’on a entendu et ressenti comme profondément injuste. On incarne une autorité qui est là pour faire respecter la loi et par définition nous ne sommes pas très aimés. Le travail pour être compris, est d’autant plus difficile. »

Du coup cette jeune juge a passé l'après-midi dans son bureau, à rédiger des jugements en retard. Du côté des huissiers et des greffiers non plus, la grève des audiences ne signifie pas ne rien faire ; il faut reprendre les dossiers, notifier les renvois et parfois établir de nouveaux jugements pour prolonger des contrôles judiciaires en cours.
Au total hier à Paris une centaine d'affaires de correctionnelle ont été renvoyées.

La Rédaction, avec Claire Andrieux