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Ces Français en colère contre La Poste

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C'est quasiment inédit en France. La Poste vient d'être condamnée à verser 1.000 euros à une habitante du Nord qui n'avait pas reçu de courrier pendant quinze jours. De plus en plus de Français, agacés par les carences du service postal, organisent leur fronde.

La décision est exceptionnelle, mais surtout hautement symbolique. Le Tribunal de grande instance de Valenciennes (Nord) vient de condamner la Poste à verser 1.000 euros de dommages et intérêts à une habitante de Saint-Amand-les-Eaux. Elle n'avait pas reçu son courrier pendant deux semaines, ses lettres ayant été systématiquement renvoyées à l'expéditeur pendant toute cette période avec une mention « non réclamé » ou « n'habite pas à l'adresse indiquée ».
Les jugements de ce type restent néanmoins fort rares. Mais de plus en plus d'usagers semblent sérieusement s'agacer de délais d'acheminement non respectés, tournées supprimées et autres erreurs de distribution...

« La Poste doit respecter ses obligations de Service public »

Robert Apéry est avocat à Caen (Calvados). Mais c'est en tant que simple citoyen qu'il a porté plainte contre La Poste l'année dernière. Motif: les retards réguliers du facteur finissaient par « réellement perturber la bonne marche de son cabinet ». Il rappelle que « même si elle est une société anonyme, La Poste a des obligations de Service public. Elle doit les respecter. Etrangement, depuis que j'ai porté plainte, la situation s'est un peu améliorée. Mais la loi prévoit que le courrier prioritaire doit être livré le lendemain du jour où il a été posté [NDLR: règle du J+1]. Je doute que ce soit le cas ».
Interrogée par RMC, la direction de La Poste explique que la fameuse distribution à J+1 n'est en réalité que théorique. L'objectif est en effet fixé à 85%. Et La Poste reconnaît qu'il n'est pas tout à fait rempli (il se situerait à 84% en moyenne sur le territoire national).

Huit jours pour des lettres postées dans le même département

Roland Burgraf est maire d'Aisy, un petit village de l'Yonne, de 271 habitants. Face à la grogne de ses administrés, il a décidé il y a plusieurs mois de recenser tous les problèmes postaux de sa commune. Résultat: « Nous avons eu en trois mois cinq non-distributions de quotidiens le jour prévu, c'est-à-dire que nous avons reçu des nouvelles de l'avant-veille, voire plus. Plusieurs lettres aussi avec un beau timbre "lettre prioritaire" qui ont mis huit jours pour aller d'une commune voisine jusqu'à chez nous ; ce qui est tout à fait intolérable. Un tel délai à l'intérieur du département, c'est inadmissible ».
Comment expliquer de telles anomalies ? De l'avis général, le manque de moyens est en cause.

« La Poste préfère être condamnée que payer des salariés »

Sylvie Féola, élue CGT au conseil d'administration de La Poste, affirme que le groupe « fait comme beaucoup d'autres grandes entreprises, c'est-à-dire qu'elle préfère prendre le risque de devoir payer quand il y a une plainte, plutôt que de mettre en place l'organisation et le personnel nécessaires pour pouvoir rendre la qualité de service que l'on doit aux usagers. Ça coûte beaucoup moins cher de prendre le risque d'être condamné que de payer des salariés ».

La Rédaction et A. Desgorces