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Lille : un bar gay attaqué, trois blessés

Quatre skineheads s'en sont pris au serveur, au patron et à un client à coups de poing et de chaise.

Quatre skineheads s'en sont pris au serveur, au patron et à un client à coups de poing et de chaise. - -

Mercredi soir, un bar gay de Lille a été attaqué par des skinheads dans le contexte particulièrement tendu du vote du texte de loi sur le mariage pour tous. Les associations dénoncent une explosion de l’homophobie.

Dernière ligne droite pour le projet de loi sur le mariage pour tous. Depuis mercredi et jusqu’à vendredi, le texte est relu une ultime fois à l’Assemblée nationale. « Une nouvelle lecture, pas un nouveau débat », a prévenu Bruno Le Roux, le président du groupe socialiste à l'Assemblée pour tenter de contrer l’UMP opposé au texte, même si le bras de fer continu entre le gouvernement et les anti-mariage gay.
Le vote solennel de la loi doit intervenir mardi prochain. D’ici là, les opposants promettent une grande manifestation nationale dimanche et des rassemblements tous les soirs près de l’Assemblée nationale. Mercredi d’ailleurs, fidèles au poste, plusieurs milliers (2 400 selon la police, 8 000 selon les organisateurs) d'opposants ont une nouvelle fois défilé en direction de l'Assemblée. « Elles ont le droit d'exister, ces manifestations, nous sommes en République », a assuré le Premier ministre hier. « Mais les appels à la violence, les appels à la haine doivent être condamnés » a poursuivi Jean-Marc Ayrault. Car l’homophobie semble être en pleine recrudescence, comme le prouve encore mercredi soir l’attaque contre un bar gay de Lille.

« On est revenus 20 ans en arrière »

Il était 22h30 environ quand quatre skinheads sont arrivés au Vice-Versa, établissement gay de la vieille ville. Après avoir légèrement blessé trois personnes, ils ont lancé du mobilier de terrasse dans la vitrine avant d’être interpellés par la brigade anti-criminalité et placés en garde à vue. Un peu plus tôt dans l'après-midi, deux manifestations avaient eu lieu à Lille, un rassemblement de l'inter-LGBT anti-homophobie et une manifestation en voiture vers 18h dans les rues de la ville, organisée par le collectif Manif Pour Tous.
« Il était 22h, quatre individus se sont pointés devant l’établissement, raconte Yohan, le patron de l’établissement. Je leur ai demandé ce qu’ils voulaient, ils m’ont répondu "ta gueule sale pédé, regardes moi dans les yeux si t’as des couilles", et après c’est parti en couille. Ils ont frappé mon serveur, mon associé, moi-même, à coups de poing, coups de chaise. Ils avaient les cheveux rasés, des tatouages, ils étaient venus dans le but de casser du pédé », témoigne le patron, qui estime que « au niveau des homos, on est revenus 20 ans en arrière. Les homosexuels, on est en danger, je pense ».

« Ils m’ont tabassé »

Le serveur fait aussi partie des victimes de l’attaque. « Ils m’ont choppé à deux contre une voiture, ils m’ont tabassé, au niveau du visage, au niveau des tibias pour me faire tomber, ensuite ils s’en sont pris à l’établissement, et ensuite ils sont repartis comme si de rien n’était ». Aujourd’hui, il craint que de nouvelles attaques aient lieu dans le contexte particulièrement tendu du vote pour le mariage pour tous. « Ça fait très peur, on ne sait pas ce qui va nous arriver, à trois heures on va fermer le bar et on ne sera que deux, on ne sait pas ce qui va se passer. Là, on se rend compte vraiment de la folie des gens, on en arrive à de actes de barbarie ».
Depuis le début du débat, SOS Homophobie regrette une explosion du nombre d’appels - 4 fois plus en janvier, et l’association Le Refuge, qui aide les jeunes majeurs victimes d’homophobie et rejetés par leur famille, a reçu six fois plus de demandes en un an.

M. Chaillot avec J. Zeghoudi et L. Top