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Les Roms en France, enjeu des municipales malgré eux

Des Roms patientent pendant la destruction de leur camp, à Villeurbanne, en mars dernier.

Des Roms patientent pendant la destruction de leur camp, à Villeurbanne, en mars dernier. - -

Souvent précarisée à l'extrême dans les grandes villes, la population rom est devenue un enjeu très discuté à l'aube des municipales. Zoom sur ces populations venues d'Europe de l'Est et sur les idées reçues.

Rejetés dans leur pays d'origine, les Roms, venus en France depuis plusieurs années en espérant de meilleures conditions de vie, font face depuis quelques mois à une salve de déclarations hostiles de l'opposition, et parfois même de la majorité socialiste.

Entre réalité d'une intégration difficile, et fantasmes sur un peuple accusé de nombreux maux, BFMTV.com fait le point sur cette population, devenue un enjeu politique majeur à six mois du scrutin des municipales.

> Qui sont les Roms?

En France, les Roms viennent de Roumanie à plus de 80%, les autres sont principalement Bulgares. Ils seraient aux environs de 20.000. Près de la moitié vit en Ile-de-France, les autres généralement à Lille, Marseille, Bordeaux, Nantes, ou encore Lyon.

Certains sont tout à fait intégrés et travaillent. D'autres, forcément plus visibles, vivent dans des squats, des cabanes, des caravanes, ou parfois même dans la rue. Ils habitent souvent en périphérie, mais certains, notamment sans-abri, arrivent également dans les centres-villes.

Selon Marion Cadier, chercheuse à Amnesty International, "ils ont tendance à se regrouper selon leur région d'origine, par nécessité pour survivre, mais pas par choix de vivre en communauté".

> Pourquoi est-ce devenu un enjeu des municipales?

A moins d'un an des élections, les maires sont de plus en nombreux à taper du poing sur la table sur la question des Roms, y compris à Paris, où à droite comme à gauche, les deux principales candidates se sont fendues de commentaires plus ou moins fermes et controversés.

Sur RTL mercredi, le maire communiste de la Courneuve, Gilles Poux, a réclamé pour sa part l'ouverture d'une "table ronde" avec l'Etat, la région et les départements sur ce sujet en Ile-de-France. "On est concerné par ce problème de façon quasi-permanente depuis 7 ou 8 ans", déplore l'édile.

"Je comprends la difficulté des maires qui ont des campements de Roms dans leurs villes, car dès lors qu'ils acceptent d'accueillir ces populations, les maires des alentours refusent alors les camps, et leur renvoient tout le monde. Cela devient ingérable", reconnaît le Dr Jean-François Corty, haut responsable chez Médecins du Monde, qui regrette le manque de coopération.

> Sont-ils nomades comme les gens du voyage?

Pas du tout, comme le rappelle à BFMTV.com le Dr Corty. "Les Roms sont des sédentaires qui migrent pour des raisons économiques et sociales. Ils n'ont pas vocation à vivre dans des camps. Ils veulent travailler, scolariser leurs enfants, avoir un toit, mais les expulsions incessantes entretiennent les clichés, en les empêchant de sortir de la précarité: là où ils trouvent refuge, il n'y a pas de ramassage de déchets, pas d'eau potable, pas de propreté. Les riverains sont incommodés, et cela crée une fracture."

Marion Cadier confirme: "Ce sont des nomades forcés, qui fuient une situation encore plus discriminante dans leur pays d'origine". Un rapport de l'ONG sorti mercredi dénonce les traitements réservés à ces "condamnés à l'errance": "Les Roms continuent d'être chassés de leurs lieux de vie de façon répétitive sans être consultés, informés et relogés de façon adéquate, en infraction avec des engagements internationaux pris par la France". Une précarité immense dont profitent parfois certains réseaux mafieux pour organiser du travail d'enfants ou de la mendicité.

> De quels droits disposent-ils en France?

Le travail: les Roumains et les Bulgares, derniers en date à être entrés dans l'Union européenne, sont les seuls -avec les Croates- à être sous le coup de mesures restrictives pour avoir un emploi. Une circulaire publiée en août 2012 en a aboli une partie, comme la taxe dont devait s'acquitter un employeur qui recrutait quelqu'un de cette nationalité.

D'autres mesures restrictives prendront fin au 31 décembre prochain, même si ces deux pays n'appartiennent pas à l'espace Schengen. Les Roumains et les Bulgares pourront travailler librement en France sans avoir d'autorisation de travail, difficile à obtenir lorsqu'elle concerne un emploi qui ne figure pas parmi la "liste des 292 métiers" qui leur sont accessibles.

Les soins: les Roms, comme toute population étrangère, peuvent bénéficier de l'Aide médicale de l'Etat dès lors qu'ils peuvent justifier de trois mois de présence sur le territoire français.

Le séjour: durant ses cinq premières années en France, un citoyen européen n'a pas à détenir de carte de séjour, sauf s'il est Roumain ou Bulgare. Dans ce cas, il n'a le droit de circuler librement que trois mois. Au-delà, il doit justifier d'un emploi ou de ressources suffisantes. Il s'expose sinon à une reconduite à la frontière. Cela pourrait changer avec l'adhésion à l'espace Schengen.

Les aides sociales: les Roms n'en bénéficient pas s'ils sont en France depuis moins de trois mois. Au-delà, ils doivent généralement pouvoir justifier d'une adresse, ce qui est difficile pour ceux qui vivent en campement.

L'aide au retour humanitaire, instaurée en 2007 par Nicolas Sarkozy, a été fortement réduite par Manuel Valls en décembre dernier. Elle est passée de 300 à 50 euros par adulte.

> La Roumanie dans l'espace Schengen: qu'en est-il?

Aucune date n'a été fixée pour l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l'espace Schengen, car il faut un accord à l'unanimité des 26 autres Etats membres. Or, plusieurs pays bloquent.

Mercredi, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls n'a d'ailleurs pas masqué ses réserves sur ces adhésions. "Si les conditions ne sont pas réunies, on ne peut pas le faire. Actuellement, non, on ne peut pas (…). La responsabilité de ces pays, c’est d’assurer la sécurité à leurs frontières. L’Union reconnaît que ces pays ne sont pas prêts. On verra plus tard".

Le Conseil européen doit se réunir à la fin de l'année pour prendre une décision sur la circulation des touristes en provenance de ces deux pays. En revanche, au 1er janvier 2014, Schengen ou pas, les travailleurs bulgares et roumains auront les mêmes droits d'accès à l'emploi que les autres Européens en France.

Alexandra Gonzalez