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Les médecins généralistes feraient une erreur tous les deux jours

Les médecins généralistes français ne font pas plus d'erreurs que leurs voisins.

Les médecins généralistes français ne font pas plus d'erreurs que leurs voisins. - Marc Le Chelard - AFP

De l'erreur de communication à l'erreur de diagnostic en passant par les problèmes de prescription, une étude passe au crible les fautes commises par les médecins généralistes français.

Pas d'inquiétude, dans la grande majorité des cas, il n'y a aucune conséquence pour le patient. Mais, comme tous les êtres humains, il arrive que les médecins se trompent. Et leurs erreurs sont plus souvent dues à des problèmes d’organisation et de communication qu'à des problèmes de compétences, selon une étude publiée mardi dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire.

L’enquête, menée dans 19 régions françaises, ne parle d’ailleurs pas d’erreurs mais d’ "événements indésirables associés aux soins": erreur dans la rédaction d’une ordonnance, mauvaise communication avec d’autres professionnels de santé (20% des EIAS), manquement au secret professionnel… Cela arriverait à chaque médecin une fois tous les deux jours en moyenne.

Souci d'organisation dans 42% des cas

Des résultats "proches de ceux d’autres pays" précise l’étude illustrée par des exemples très précis. Situation-type: "alors qu’il est en consultation, un médecin reçoit un coup de téléphone du laboratoire concernant un patient sous anti-vitamines (…). Selon les recommandations, il faut indiquer au patient de sauter une prise. Malheureusement, le médecin ne pensera à rappeler le patient que 2 heures après ses consultations. Le patient a déjà pris son comprimé".

Interrogé par BFMTV.com, Luc Duquesnel, président de l’Union nationale des omnipraticiens français salue "une étude sérieuse qui permet d’identifier les événements indésirables et comment ils surviennent. Certains, comme les effets secondaires de médicaments, sont inévitables, mais il faut réfléchir à comment on peut diminuer les autres".

Ces "événements indésirables" sont rares. Sur 13.438 actes médicaux étudiés, 475 problèmes ont été relevés, dont 344 auraient pu être évités. 42% de ces fautes s’expliquent par un défaut d’organisation: mauvaise identification du malade, erreur dans le dossier médical ou souci dans la prise du rendez-vous. 

"Un tiers des généralistes n'ont pas de secrétariat"

Auprès des 127 médecins qui ont participé, les erreurs dues à un défaut de connaissance ou de compétence représentent 20% des cas. Mais, dans près de 77% des cas l'incident n'a eu "aucune conséquence clinique" pour les patients et on ne déplore d’erreur ayant des conséquences grave que dans 2% des cas. "Avec une population qui vieillit, atteinte de maladies chroniques, on voit bien que l’organisation du cabinet est importante", confirme le Docteur Duquesnel. "Imaginez quand une consultation est entrecoupée par 5, 6 voire 7 coups de fil! Or un tiers des médecins généralistes n’ont pas du tout de secrétariat", pointe-t-il.

Pour Claude Leicher, président du syndicat de généralistes MG France, il faut désormais "insister sur la notion de 'parcours de soin', de travail d'équipe. Le médecin traitant doit avoir un regard global, savoir si un ophtalmologue a prescrit des gouttes et un cardiologue un autre médicament à son patient". Face à des pathologies complexes de plus en plus en plus soignées à domicile, "il faut les investissements suffisants. En France, on dépense proportionnellement bien plus pour l'hôpital", note-t-il.

Pouvoir suivre des formations, aider les patients les plus âgés, organiser un dossier patient informatisé... Les idées ne manquent pas. Mais Luc Duquesnel déplore: "On n’a plus les moyens, au lieu de réduire ces événements indésirables, on va les augmenter. Cette étude est une évaluation qui peut donner les lignes directrices d’une démarche de qualité. Mais, avec une vision purement budgétaire, on s'oriente vers une baisse de cette qualité".

Aurélie Delmas