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Les gilets jaunes vont-ils durer?

Les forces de l'ordre tentent d'évacuer des gilets jaunes le 9 novembre à Albert.

Les forces de l'ordre tentent d'évacuer des gilets jaunes le 9 novembre à Albert. - Philippe HUGUEN / AFP

Le mouvement des gilets jaunes outrepassera-t-il la journée de samedi? Certains bloqueurs appellent déjà à faire tenir cet excès de colère populaire sur la durée.

A bord du porte-avions Charles-de-Gaulle mercredi, Emmanuel Macron disait entendre la colère des gilets jaunes qui vont protester contre la hausse du prix des carburants samedi. Pour autant, au grand dam des manifestants, il ne compte pas changer de cap et abandonner la taxe sur les diesel.

Certains manifestants, ulcérés par la hausse des prix des carburants, sont déterminés à faire durer le mouvement au-delà de la journée de samedi. Jean-Christophe Jacquet par exemple, compte bloquer l'autoroute A63 en Gironde. Sacs de couchage, matériel de cuisine nomade, vêtements chauds. Dans l'espoir de faire durer le mouvement de contestation, ce 'gilet jaune' s'est organisé.

"On compte rester le plus longtemps possible" explique Jean-Christophe à BFMTV. "Pouvoir bloquer les accès pour se faire entendre, quitte à passer la nuit là-bas."

Une crise de la médiation sociale?

Ce mouvement va-t-il durer? "Je ne crois pas qu'il s'agisse d'un épiphénomène" estime Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences Po, ce jeudi soir sur BFMTV. "C'est quelque chose de profond, qui dure depuis quelques années. Peut-être n'avait-on simplement pas assez entendu la grogne monter dans ce pays ces derniers temps et aujourd'hui celle-ci émerge grâce aux réseaux sociaux".

"Aujourd'hui c'est un appel de détresse que lancent les gens aujourd'hui, parce que ça touche à leur vie quotidienne" explique le professeur. "Ce sont des gens qui prennent leur voiture tous les jours pour faire 10, 30, 50 km."

Pour Patrick Martin-Genier, ce mouvement de contestation inédit peut durer parce qu'il s'inscrit dans une crise française de la médiation sociale. "Aujourd'hui ces mouvements sont dispersés, citoyens, éclatés, sans coordination" constate encore le professeur à Sciences Po. Pour lui, c'est bien la preuve qu'il y a une crise du dialogue social en France. "On va dans la rue par soi-même parce qu'on ne fait plus particulièrement confiance aux syndicats dont on pense qu'ils ne sont plus capables de porter un message social et de défendre les intérêts de leurs adhérents."

Un ras-le bol populaire

Alexandre Malafaye, président du Think Thank Synopia, considère lui-aussi que le mouvement peut aller au-delà de ce week-end, car il s'agit-là d'"une contestation populaire qui fonde ses racines dans des problèmes très concrets et une impression d'injustice". "C'est un mouvement populaire, un mouvement du peuple, une vague de fond" confirme Christophe Chalençon, porte-parole de gilets jaunes du Vaucluse.

A Avignon par exemple, Ludovic Di Vietri a lui-aussi préparé son gilet jaune. "Etouffé par les taxes", l'homme confie à BFMTV qu'il est prêt à rester sur place pour "montrer sa détermination", et que dormir dans sa voiture ne lui fait pas peur. "Les mots du président mercredi nous confortent dans notre action" assure-t-il. 

Alors mouvement de contestation profond appelé à durer ou événement ponctuel? Reste à voir si la journée de mobilisation prévue samedi sera un succès, d'autant que les prix des carburants repartent à la baisse. 
Jeanne Bulant