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Les Bleus ne méritent pas l'intérêt qu'ils suscitent

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Beaucoup de voix se sont élevées pour réclamer des sanctions contre les joueurs français depuis leur élimination de l'Euro - notamment l'annulation de leurs primes. Mais les Bleus ne méritent pas l'intérêt qu'ils suscitent.

Il ne faut pas confondre l'équipe de France avec la France. On peut se réjouir des performances des joueurs sans qu'ils engagent l'ensemble des Français. On peut aussi les trouver lamentables sans avoir honte. Ils ne sont ni nos élus ni nos modèles, mais des professionnels qui portent le maillot bleu parce qu'ils sont payés pour cela. La célébrité leur donne des responsabilités, elle ne leur confère aucune représentativité. Le bon sens commande donc de ne pas faire d'eux des héros quand ils triomphent et de ne pas vivre leurs défaites comme des humiliations. Leur comportement à l'Euro a été déshonorant, mais uniquement pour eux.

Les supporteurs, et plus largement les Français qui aiment le foot, sont en colère. Compréhensible ?

J'aime aussi le football, pas le chauvinisme. Il faut sortir de l'hypocrisie : personne ou presque ne s'indigne du comportement des joueurs quand l'équipe de France gagne ? Nos footballeurs sont le plus souvent des gamins arrogants et mal élevés, certains quasi analphabètes, dont l'argent est la seule valeur et que les dirigeants de la fédération et des clubs sont habitués à céder à tous leurs caprices. L'attitude méprisante qu'on leur reproche, elle n'est pas d'aujourd'hui. La vérité, c'est que les supporteurs acceptent qu'ils se qualifient en marquant de la main, mais pas qu'ils soient éliminés en jouant comme des pieds. Ce n'est pas à leur honneur non plus.

L'équipe de 1998, qui a gagné la Coupe du monde, était présentée comme un symbole d'intégration. Il n'y a pas d'identification possible avec une équipe de foot ?

Les idoles ne sont pas des exemples. C'est ce que les joueurs font sur le terrain qui peut être admirable, pas ce qu'ils font de leur vie. L'idée que ces post-adolescents millionnaires qui roulent en Ferrari et passent des heures sur des jeux vidéo incarneraient la diversité de la société est aussi fausse que démoralisante. Quoi qu'on en ait dit, l'équipe de 1998 ne ressemblait pas à la France. Zidane n'était pas un modèle de pureté. C'était un grand joueur, mais on l'a vu tricher, donner des coups. Il faut être capable de dire que les victoires n'effacent pas tout. Et faire son deuil des belles valeurs que le sport est censé inculquer à nos enfants.

Les fameuses primes doivent-elles être retirées aux joueurs ?

La question est légitime : l'argent de la Fédération, c'est de l'argent public - et on voit mal comment ils pourraient les avoir méritées. En théorie, la qualification pour les quarts de finale, qui n'était pas brillante, vaut 100 000 euros à chaque joueur. S'ils n'ont pas la décence d'y renoncer, les dirigeants seraient bien inspirés de les en priver - et de dire qu'à l'avenir, ce ne sera pas seulement le résultat qui sera récompensé, mais aussi le comportement. Ce n'est pas une question d'exemplarité, mais de bon sens.

Pour écouter Le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 26 juin, cliquez ici.

Hervé Gattegno