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Les annonces du gouvernement n'apaisent pas les gilets jaunes

Des gilets jaunes, à Frontignan dans l'Hérault, le 3 décembre.

Des gilets jaunes, à Frontignan dans l'Hérault, le 3 décembre. - Pascal Guyot - AFP

Les porte-paroles jugent les mesures du Premier ministre décevantes. Ils regrettent également une forme de mépris de la part d'Emmanuel Macron.

De la Gironde au Val-d'Oise, la critique est unanime. Ce mardi, les porte-paroles des gilets jaunes ont rapidement réagi aux annonces du Premier ministre Edouard Philippe, pointant du doigt des mesures insuffisantes et tardives. Ils regrettent aussi qu'Emmanuel Macron "ne daigne pas parler à son peuple" depuis son discours manqué de la semaine passée sur la transition écologique.

"Didactique politique"

La suspension pendant six mois de la hausse de la fiscalité sur le carburant et les tarifs du gaz et de l'électricité n'a visiblement pas eu l'effet escompté chez les protestataires: "Ce n'est pas ce que nous souhaitions", juge, lapidaire, le porte-parole des gilets jaunes libres, Benjamin Cauchy au micro de BFMTV, avant d'ajouter:

"Nous souhaitons l’annulation de la hausse des taxes sur le carburant. Ne nous laissons pas enfermer dans cette didactique politique, soyons bien claires. Un moratoire, soit c’est un camouflet politique déguisé, soit c’est se moquer des Français et c’est remettre la taxe d’ici six mois."

"Mépris inqualifiable du président"

Après plus de cinq semaines de mobilisation, les gilets jaunes veulent aller plus loin. Laetitia Dewalle, porte-parole du Val d’Oise, exige à notre antenne des mesures plus courageuses: "Taxer les GAFA, ceux qui ont de l’argent dans les poches. Rééquilibrons la distribution des richesses. (...) Augmenter l'ISF, diminuer la CSG... La France n’est pas un pays pauvre, la France est un pays riche", s'est-elle emportée, avant de critiquer le silence du président de la République:

"Emmanuel Macron n’a toujours pas daigné parler à son peuple, on sent un mépris inqualifiable du président."

Une rancoeur qui devrait encore s'accentuer, alors que l'Elysée a annoncé en début d'après-midi que le président ne comptait pas faire de nouvelle déclaration, à la suite de celle du Premier ministre.

Dans la Drôme également, Sylvie, une membre des gilets jaunes de Loriol-sur-Drôme, ne mâche pas ses mots:

“Il nous a rien proposé du tout. On attendait de sa part plus important sur le SMIC, les retraites, pour les hôpitaux... On voit beaucoup de violences dans les médias, de la part des gilets jaunes sur les CRS. Mais on ne voit pas les gilets jaunes se faire massacrer, gazer, bombarder quasiment tous les jours. (...) Le pouvoir met tout en place pour nous mettre en colère et nous révolter. On lâche rien puisque nous n’avons pas été entendus."

Samedi, l'acte IV

Eric Drouet, l'un des instigateurs du mouvement sur les réseaux sociaux, a aussi fait part de son insatisfaction à notre antenne: "La colère n'est pas du tout redescendue", a-t-il déclaré en se justifiant: "Ces mesures n'ont pas convaincu. Les seules annonces que nous avons eues, c'est des suspensions ou des gels de taxe."

Il dénonce également un temps de réaction beaucoup trop long: "Le gouvernement est très en retard sur ce qu'il se passe sur le terrain. Ce n'est pas possible d'attendre autant de temps avant de réagir".

Le chauffeur routier de Melun appelle donc à une nouvelle journée de mobilisation samedi prochain. Un acte IV au mouvement des gilets jaunes.

Esther Paolini