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Le cerveau garde en mémoire la langue maternelle, même "oubliée"

L'étude a été menée sur des filles chinoises adoptées très jeunes au Canada (illustration)

L'étude a été menée sur des filles chinoises adoptées très jeunes au Canada (illustration) - Johannes Eisele - AFP

Quitter un pays dans les premiers mois ou les premières années de sa vie ne signifie pas forcément tout oublier. Une étude démontre que le cerveau des enfants adoptés très jeunes à l'étranger conserve le souvenir de leur langue maternelle.

Consciemment, il n'existe plus aucun souvenir, et pourtant il reste une trace dans le cerveau des langues entendues au cours des premiers mois de la vie. Comme le démontre une étude canadienne publiée ce mois-ci dans la revue scientifique PNAS, le cerveau sait identifier les tonalités propres à une langue apprise dans la petite enfance, mais oubliée ensuite.

Une expérience sur des enfants chinois adoptés

L’étude a été menée sur des enfants chinois adoptés par des familles canadiennes francophones. Les chercheurs ont demandé à 48 filles de la région de Montréal, âgées de 9 à 17 ans d’écouter différentes tonalités de la langue chinoise qui n'existent pas en français.

Trois groupes ont été formés: le premier avec des filles nées et élevées dans des familles francophones, le second avec des filles n’ayant aucun souvenir conscient du chinois, adoptées à 12,8 mois en moyenne par des familles ne parlant que le français et le troisième avec des filles bilingues, qui ont continué à pratiquer le chinois.

Leur activité cérébrale a été observée par IRM lors de la diffusion sonore et toutes les filles qui ont été exposées au chinois très jeunes (deuxième et troisième groupe) avaient une région de leur cerveau active qui ne l'était pas chez les sujets qui ne connaissaient que le français. Pourtant, les filles qui ne pratiquaient plus cette langue depuis 12,6 ans en moyenne, n’en avaient plus aucun souvenir conscient.

De l'importance des tous premiers mois de la vie

"Les similitudes entre les filles adoptées et celles qui parlent chinois illustrent clairement que l’information acquise précocement reste dans le cerveau, et que les expériences précoces influencent inconsciemment le processus neural pendant des années, si ce n’est définitivement", analysent les auteurs de cette étude.

Ces résultats contredisent les arguments selon lesquels les représentations du système nerveux sont éliminées du cerveau ou deviennent irrécupérables au fil du temps. Les tous premiers mois de la vie auraient en fait une importance capitale dans l’élaboration des capacités mentales. Reste à savoir, précise l'équipe de chercheurs canadiens, si cette prédisposition facilite ensuite l'acquisition des langues étrangères. Une question qui pourrait faire l'objet d'une étude complémentaire.

Aurélie Delmas