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Lait contaminé: après Lactalis, un scandale Triskalia?

Une coopérative Triskalia à Plouagat, dans les Côtes d'Armor.

Une coopérative Triskalia à Plouagat, dans les Côtes d'Armor. - Damien Meyer - AFP

Un éleveur des Côtes-d'Armor a porté plainte contre la coopérative Triskalia qui a reconnu une erreur de livraison. Deux versions contradictoires s'apposent sur ce qu'il est advenu du lait contaminé aux antibiotiques.

Qui dit vrai? Christophe Thomas, l'éleveur des Côtes-d'Armor qui soutient que du lait contaminé aux antibiotiques destiné au marché infantile a sans doute été commercialisé? Ou la coopérative Triskalia (Paysan breton, Régilait, Mamie Nova...) qui, tout en reconnaissant une erreur de livraison de nourriture animale, assure avoir pris toutes les mesures pour gérer les suites de l'incident? Par la voix de son avocat, l'agriculteur de Moustéru a porté plainte au pénal le 3 août, rapporte Le Parisien ce jeudi. Le périmètre de l'action en justice est large, avec dans le viseur pas moins de neuf infractions, dont: "mise en danger de la vie d'autrui", "tromperie caractérisée", "atteinte volontaire à l'intégrité et à la vie d'un animale, etc."

L'affaire en rappelle une autre: Lactalis et son lait infantile contaminé aux salmonelles avec à la clé la contamination d'une centaine de nourrissons. L'incident Triskalia n'incrimine pas des bactéries, mais des antibiotiques. Tout provient d'une erreur de livraison datant du 21 mars. Les 240 bovins de l'exploitation bretonne ont été nourris avec des aliments contenant des antibiotiques à l'origine destinées à des lapins, mais qui, surtout, ne sont pas autorisées pour le traitement des ovins. Deux jours plus tard, la couleur verte de certains granulés, différente de l'alimentation habituelle de ses bêtes, met à Christophe Thomas la puce à l'oreille. Les deux sortes d'aliments ont été transportées dans le même camion, reconnaît la coopérative qui ne nie donc pas l'erreur.

Les suites de l'incident ont-elles été correctement gérées?

Mais Triskalia a-t-il pris toutes les mesures nécessaires dans sa gestion des suites de l'incident, et notamment fait en sorte que le lait contaminé ne se retrouve pas sur le marché? Selon l'entreprise, un technicien a récupéré les granulés litigieux, soit 2,7 tonnes environ, de marchandise. Le lait produit pendant cette période n'a pas été collecté en attendant le résultat d'analyses chimiques permettant d'écarter tout danger pour les consommateurs.

"Les résultats ont montré que le lait ne contenait pas d’antibiotiques et la collecte a repris le 30 mars", a ensuite assuré la société à l'éleveur. Sauf qu'une autre expertise commandée cette fois-ci par Christophe Thomas n'aboutit pas aux mêmes conclusions, révèle Le Parisien. Il doit en rendre compte ce jeudi lors d'une conférence de presse donnée depuis son exploitation.

Détail inquiétant donné cette fois dans les colonnes de Mediapart, le paysan breton affirme avoir lui-même averti Triskalia. "Une erreur, ça peut arriver, mais le hic c'est que c'est moi qui ai dû suggérer à la coopérative de suspendre la collecte de lait, le temps de faire des analyses", explique-t-il. 

Nutréa-Triskalia est, comme Lactalis, un géant du secteur qui regroupe 16.000 agriculteurs pour un chiffre d'affaire estimé en 2016 à 1,9 milliard d'euros.

David Namias