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La Réunion: le recrutement d'une chercheuse blanche pour enseigner l'esclavagisme dérange

Dans un amphithéâtre universitaire à Caen, en 2004. (photo d'illustration)

Dans un amphithéâtre universitaire à Caen, en 2004. (photo d'illustration) - Mychèle Daniau - AFP

Une vive polémique secoue depuis le mois de juin les milieux identitaire et universitaire réunionnais, après la nomination d'une femme blanche à un poste de maître de conférences chargé des études sur l'esclavage.

Depuis six mois, le débat déchire la communauté universitaire, ainsi que les milieux identitaires, à La Réunion. En juin 2016, Virginie Chaillou-Atrous, une chercheuse de Nantes, s'est vue attribuer un poste de maître de conférences en charge des études sur l'esclavage, à l'université de La Réunion. Le comité de sélection en charge du recrutement a retenu son profil sur un total de dix candidats, pour enseigner ce cours d'"histoire de l'esclavage, de l'engagisme et de l'économie des colonies dans les îles du sud-ouest de l'océan Indien aux XVIIIe et XIXe siècles". 

Le poste avait été ouvert en février 2015, et Virginie Chaillou-Atrous y avait postulé deux fois. Lors de sa seconde candidature, la chercheuse se retrouve face à une situation particulière: les quatre jurés réunionnais faisant partie du comité de sélection boycottent au dernier moment sa tenue, au motif qu'il favoriserait un candidat originaire de métropole. Mais les huit autres membres du comité se maintiennent, et finissent par choisir la Nantaise. 

Pluie de critiques

Dès l'annonce de son choix, le comité se retrouve sous le feu des critiques de plusieurs associations locales et des milieux identitaires réunionnais, qui estiment que la nomination d'une métropolitaine, blanche, et originaire de ce qui fut le premier port négrier de France, pour traiter ce sujet, est une provocation, rapporte Le Figaro

Et bien que le sujet de thèse de la Nantaise porte sur l'engagisme, cette pratique datant de la période précédant l'abolition de l'esclavage, et qui consistait à octroyer un contre de travail à des travailleurs étrangers à la colonie, le choix passe très mal sur l'île de l'océan Indien. Pour l'association Rasin Kaf, le poste aurait dû être attribué à un enseignant chercheur réunionnais.

Un avis partagé par le président national du Conseil représentatif des Français d'outre-mer (Crefom), qui souligne que parmi les postulants figurait notamment le Réunionnais Albert Jauze, 59 ans, agrégé et intervenant régulier à l'université de La Réunion. 

Nomination suspendue

Comme le souligne Le Figaro, l'affaire a dépassé les frontières de La Réunion puisqu'une pétition de soutien à Virginie Chaillou-Atrous, intitulée "Contre le localisme. Pour le recrutement au mérite à l'université!", a été lancée au mois d'octobre, et a été signée, pour l'heure, par 1.300 enseignants.

Mais dès le mois de juillet, le tribunal administratif de La Réunion choisit de suspendre la nomination. "Le comité de sélection a délibéré dans des conditions qui ne lui permettaient pas de siéger valablement, faute de quorum", justifie alors le tribunal, qui émet par ailleurs des "doutes sérieux" concernant la régularité de la procédure.

"Racisme à l'envers"

Interrogée par Le Figaro, Virginie Chaillou-Atrous estime qu'il s'agit d'une forme de "racisme à l'envers".
"Comme si l'Histoire de l'île ne devait être écrite que par des Réunionnais. Je croyais avoir passé un concours national de la fonction publique", regrette-t-elle. Un jugement sur le fond de l'affaire se tiendra prochainement. 

A.S.