BFMTV

La radicalisation rapide, un schéma bien connu parmi les recrues de Daesh

Les derniers éléments de l'enquête à Nice font état d'une radicalisation rapide de Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Peu avant la tuerie sur la Promenade des Anglais, celui-ci apparaissait comme fort peu religieux. Sa trajectoire a beaucoup étonné, pourtant le basculement express vers l'islamisme est un classique parmi les terroristes de l'EI.

Le profil de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l’auteur de la tuerie de la Promenade des Anglais à Nice, n’en finit plus d’interroger. Comment cet homme à femmes, fort peu religieux et dont la foi n’était pas suffisante pour mener à bien le ramadan, a-t-il pu commettre un attentat de cette ampleur au soir du 14 juillet? Le 16 juillet l’agence Amaq, liée à l’Etat islamique, revendiquait le crime de Lahouaiej Bouhlel décrit comme un "soldat de l’Etat islamique". Plusieurs raisons peuvent expliquer son basculement.

Dans Le Monde.fr, le journaliste spécialiste des questions de djihadisme Soren Seelow se demandait si le terroriste n’avait pas voulu "sublimer son suicide en opération martyre ?"

Trouver, au plus vite, son équilibre en s'engageant dans une voie extrême

Plus les heures passent, plus elles semblent donner raison à la théorie du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve qui expliquait deux jours après l’attaque que le chauffeur-livreur s’était "radicalisé très rapidement". Dounia Bouzar, directrice du Centre de Prévention contre les dérives sectaires, n’est pas désarçonnée par la trajectoire en apparence paradoxale de Mohamed Lahouaiej Bouhlel.

Sur BFMTV, elle énonce: "Il avait trois, quatre femmes par jour. C’est un profil psychologique que nous, on connaît bien. Il arrive un moment où il a investi l’islam radical pour trouver un équilibre".

La radicalisation pour assurer son salut

Un de ses proches, placé en garde à vue dès le 15 juillet, a assuré que Mohamed Lahouaiej Bouhlel s’était récemment laissé pousser la barbe et que son discours avait pris une tournure radicale.

Mohamed Sifaou, journaliste spécialiste du terrorisme islamique, a expliqué sur BFMTV que la radicalisation peut même s’accomplir "le jour même de l’attentat car il est dit par les idéologues islamistes que l’attentat kamikaze, l’attentat martyre fait pardonner l’ensemble des péchés."

La Jahiliyya, concept prisé par les idéologues islamistes

Pour les chefs de l’Etat islamique et ses propagandistes, avoir d’abord mené une vie perçue comme dissolue selon les canons islamistes, une existence vécue sans piété religieuse n’est pas rédhibitoire pour devenir un jour un "soldat du Califat". Le concept de Jahiliyya est essentiel dans leur processus de recrutement à l’étranger.

Ce terme arabe, signifiant "ignorance", désigne à la fois la période historique lors de laquelle l’Arabie préislamique adorait plusieurs dieux et le fait pour un individu issu d’un milieu musulman de ne pas suivre, selon les intégristes, les préceptes immémoriaux de l’islam.

Ce n’est pas la première fois, loin de là, qu’un homme dont la croyance religieuse est toute fraîche semble embrasser la cause de l’Etat islamique. Sur Twitter, le journaliste de RFI David Thomson raconte ainsi l’histoire d’un Martiniquais partant en Syrie avec un ami pour rejoindre les rangs de l’EI un mois après sa conversion, apprenant à prier sur place, avant de mourir au bout de quatre semaines dans un attentat kamikaze.

R.V