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« La population juive française est perturbée »

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Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a promis ce mardi à la communauté juive de France de débloquer 500 000 euros pour renforcer sa protection. Les responsables des associations juives se disent « rassurés. » Mais ils n'oublient pas le « cauchemar de Toulouse »...

Après l'agression antisémite de Villeurbanne, près de Lyon (Rhône), la police a tenté ce mercredi matin d'interpeller trois jeunes hommes, mais les personnes visées ne se trouvaient pas à leur domicile. « Nous avions trois objectifs, on y est allés mais il n'y avait personne, ce qui prouve que l'on visait juste ». Le ministre de l'Intérieur a annoncé de son côté mardi de nouvelles mesures. Manuel Valls a promis à la communauté juive plus de protection et des mesures de sécurité renforcées aux abords des synagogues et des écoles juives. « La sécurisation des écoles juives mise en place, sur l'ensemble du territoire, à l'issue de la tuerie de Toulouse, sera maintenue jusqu'à nouvel ordre », a annoncé le ministre. « De plus, des moyens financiers supplémentaires seront débloqués afin d'aider à la sécurisation des lieux et bâtiments de la communauté juive ». Une enveloppe de 500 000 euros a été débloquée. Cet argent servira à financer l'achat de cameras de vidéosurveillance et de portiques de sécurité qui seront installés dans les endroits les plus sensibles comme les écoles, les synagogues ou les centres communautaires juifs.
Les représentants de la communauté juive se sont déclarés « rassurés », à l'issue de la réunion. Depuis l'affaire Merah et la mort de trois enfants et un adulte à l'école Ozar-Hatorah, la communauté juive est très inquiète. D'autant qu'elle remarque depuis, une hausse des actes antisémites. Samedi soir ce sont trois jeunes de Villeurbanne, dont deux portant la kippa, qui ont été agressés violement.

« Depuis Toulouse, le nombre d’attaques antisémites a augmenté »

Gil Taieb est vice-président de l'association Fonds social juif unifié (FSJU). C'est lui qui a négocié cette enveloppe de 500 000 euros hier mardi avec Manuel Valls, et c'est son association qui gèrera les fonds avec le contrôle du ministère de l'Intérieur. « Notre objectif, c’est d’atteindre le fait que l’ensemble des écoles juives - il y en a 200 en France -, soient sécurisées. Les consignes de sécurité seront appliquées, des portails seront installés, des caméras de vidéosurveillance aussi, afin d’éviter les attaques. Depuis Toulouse malheureusement, il y a une augmentation du nombre d’attaques antisémites. Aujourd’hui, la population juive française est véritablement perturbée et se pose beaucoup de questions quant à sa sécurité. »

« On rêverait de ne pas avoir de sécurité autour de l’école »

Meyer Habib est le vice-président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Pour lui, une telle protection aux abords des synagogues et des écoles juives est nécessaire : « Croyez-moi, moi qui ai trois enfants dans une école juive, on rêverait de ne pas avoir de sécurité autour de l’école, ni police ni protection, ne serait-ce que pour ne pas traumatiser les enfants. Ça me paraît une évidence ! Mais quand vous avez des attentats, quand des enfants sont tués, ce n’est pas une invention de qui que ce soit ! Les gens ne se rendent pas compte. Ça n’est arrivé, hélas, qu’à la communauté juive, parce qu’ils étaient juifs. Des enfants de trois, cinq, sept ans, ont été tués à bout portant. J’aurais aimé que ce soit un cauchemar. Ce n’est pas le cas, hélas. »

« Les mesures de sécurité, ce n'est pas la solution »

Pour Meyer Habib, « ce qui est important, c’est que la République doit assurer la sécurité de ses citoyens. Chacun a le droit de pouvoir vivre sa religion, quelle qu’elle soit, de façon libre en France. C’est la base de la laïcité, la base de notre République, la base de la France. Les mesures de sécurité sont un besoin ponctuel, actuel. Mais ce n’est évidemment pas la solution. La solution c’est que les gens soient beaucoup plus responsables, plus humains et se respectent les uns les autres. »