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La garde alternée prisée par les ménages aisés

271.000 enfants sont en garde alternée en France selon des chiffres de l'Insee

271.000 enfants sont en garde alternée en France selon des chiffres de l'Insee - Flickingerbrad - Flicker - CC

La garde partagée a doublé en dix ans, révèle une enquête menée par l'Insee et l'Ined.  Mais ce sont surtout les foyers aisés qui y ont recours. Explications.

Une semaine chez l'un, une semaine chez l'autre. Reconnue juridiquement par la loi du 4 mars 2002 relative à l’autorité parentale, la résidence alternée pour les enfants de divorcés séduit de plus en plus de parents.

Pour preuve, ce mode de garde a nettement progressé en dix ans: en 2012, 271.000 enfants (soit 1 sur 6) sont concernés contre 31.000 en 2003, indique mercredi matin une étude publiée par l'Insee (l'Institut national de la statistique et des études économique) et l'Ined (Institut national d'études démographiques).

Mais l'enquête révèle un enseignement encore plus intéressant: la garde alternée serait surtout prisée par les foyers les plus aisés. Pour quelles raisons? Et quels sont les départements qui favorisent le plus ce système?

> "Tout en double"

L'Institut pointe du doigt la nécessité de pouvoir disposer de "deux logements suffisamment spacieux pour accueillir les enfants". En effet, comme le fait remarquer Le Parisien, "il faut tout racheter en double (lits, bureaux, penderies).

Ainsi, la garde alternée est environ quatre fois plus fréquente pour les parents qui appartiennent aux deux derniers déciles de revenu que pour ceux des deux premiers déciles.

> "Aller à l'encontre de la norme"

Si trois enfants sur quatre résident chez leur mère après le divorce, il semble cependant que les couples aisés sont enclins à choisir une solution "qui va à l'encontre de la norme", révèle également l'étude.

Selon Anne Solaz, chercheuse à l'Ined, ce phénomène s'explique de la façon suivante: "Il n'y a pas si longtemps quand on se séparait, la norme était que la mère réclame la garde des enfants. Aujourd'hui encore, il est possible que demander la garde alternée soit moins naturel pour les couples moins aisés que pour des couples plus déculpabilisés".

> Une proximité avec la justice

Dans la balance, aussi, le rapport plus ou moins proche avec l'institution judiciaire. L'enquête souligne ainsi que les parents les moins aisés peuvent "avoir un rapport plus distancié" avec la justice. "Dans les départements ruraux, d'autres enquêtes ont montré qu'il y avait une proximité entre avocats et juges, cela peut expliquer des pratiques différenciés d'un tribunal à l'autre", ajoute Anne Solaz.

> L'Aveyron, champion

Concernant la carte géographique de la garde partagée, de grandes disparités apparaissent selon les départements. Selon l'Insee, plus d'un enfant sur cinq en bénéficie en Aveyron, dans le Finistère, et en Haute-Savoie contre moins d'un enfant sur dix dans le Nord-Pas-de-Calais, les Ardennes, la Meuse ou la Haute-Marne. "Cette disparité géographique pourrait tenir pour partie aux différences socio-économiques ainsi qu’aux différences de conditions du marché immobilier entre départements, mais aussi à de possibles pratiques différenciées des tribunaux départementaux", expliquent les chercheurs.

Mélanie Godey