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La Creuse, futur laboratoire de la culture du cannabis thérapeutique?

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Illustration - Thierry Zoccolan-AFP

Certains élus de la Creuse militent pour la culture du cannabis thérapeutique. La réalisation d'un tel projet, à leurs yeux, permettrait de redynamiser ce département en première ligne de la désertification des campagnes.

La culture du cannabis thérapeutique dans la Creuse? C'est le projet d'élus de ce département de Nouvelle-Aquitaine. Objectif: relancer l'économie de ce territoire sinistré.

La France en "retard"

En octobre dernier, le président de la République a proposé un "plan particulier pour la Creuse" après le fiasco GM&S qui avait bousculé la fin de la campagne présidentielle. Emmanuel Macron a ainsi demandé aux élus de lui soumettre des projets afin de stimuler l'activité de ce département, parmi les plus défavorisés de France.

Une idée que n'a pas repoussé Agnès Buzyn, la ministre de la Santé. "Il n'y a aucune raison d'exclure, sous prétexte que c'est du cannabis, une molécule qui peut être intéressante pour le traitement de certaines douleurs très invalidantes", déclarait-elle sur France inter fin mai. Elle estimait qu'il fallait "ouvrir le débat" et que la France avait pris "du retard" sur le sujet.

Une manne financière

Éric Correia, président de la communauté d'agglomération Grand Guéret et infirmier anesthésiste de profession, défend ce projet. Il est de ceux qui reconnaissent les bénéfices du cannabis sur les patients. "Je trouve scandaleux qu'il faille se mettre dans l'illégalité pour pouvoir se soigner", regrette-t-il ce lundi sur RTL. Selon lui, quelque 300.000 malades en font usage à des fins thérapeutique en France.

"La Creuse est déjà une terre de production de chanvre depuis plus d'un siècle, donc nous avons déjà l'habitude de produire du chanvre à usage thérapeutique", rappelait déjà Eric Correia sur RMC.

Il a d'ailleurs été reçu par Emmanuel Macron et lui a présenté son projet, qu'il juge "sanitaire". Un projet qui aurait également des vertus économiques: la légalisation du cannabis à des fins thérapeutiques et récréatives dans le Colorado, aux États-Unis, a permis la création de 18.000 emplois. Il estime cette manne financière à deux milliards d'euros.

"On a déjà des chanvriers qui sont intéressés. Ils seraient payés par leur production parce que les débouchés sont énormes. J'ai déjà des labos suisses qui sont intéressés pour tout acheter et il y a aussi des sociétés qui sont en train de se créer en France. Il faut savoir si on passe à côté de cette économie-là qui va se faire de toute façon ailleurs, en Suisse, en Italie", a assuré Eric Correia sur RMC.

Le risque d'addiction

Un point de vue que ne partage pas Jean Constantin, médecin. "Le cannabis est une drogue, il faut le rappeler, nombre de ceux qui s'en sont approchés en sont devenus dépendants", a-t-il pointé sur RTL. Ce praticien estime que "le rapport bénéfices-risques" ne tourne pas à son avantage: si les bénéfices sont "certains", ils sont "d'une grande modestie et souvent dépassés par la plupart des médicaments".

En revanche, selon lui, les risques liés à la consommation de cannabis sont "considérables en nombre, en variété et en gravité". Parmi ceux-ci, il cite l'anxiété, la dépression, la schizophrénie et les risques cardio-vasculaires. 

Mais pour Eric Correia, cannabis thérapeutique et cannabis récréatif n'ont rien à voir, le dosage des substances psychoactives n'étant pas le même. "Le cannabis thérapeutique est produit en laboratoire avec des taux de THC (psychoactif, NDLR) et de CBD (le cannabidiol, aux propriétés anti-psychotiques, NDLR) maîtrisés, à ne pas mélanger avec le cannabis trouvé au coin de la rue qui peut être mélangé à du pneu, du goudron et avec un taux de THC qui peut monter jusqu'à 20%." Et pointe une contradiction médicale: la prescription de médicaments dérivés de l'opium.

Céline Hussonnois-Alaya