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Jihadistes présumés de retour en France: tout comprendre sur l'affaire

Les jihadistes présumés ont en fait atterri à l'aéroport de Marseille (image d'illustration).

Les jihadistes présumés ont en fait atterri à l'aéroport de Marseille (image d'illustration). - GANGNE MICHEL - AFP.

Des ressortissants français qui seraient partis combattre en Syrie sont rentrés en France ce mardi. Leur interpellation a alors été annoncée par erreur, avant que les suspects ne se rendent mercredi à la gendarmerie. Comment ont-ils pu passer entre les mailles du filet?

Voici au moins un double couac. D'abord, le gouvernement s'est trompé en annonçant avoir arrêté des jihadistes français de retour sur le territoire national après être allés au combat en Syrie. Ensuite, les suspects ont bien pu rentrer en France sans être inquiétés un seul moment par les autorités.

> Que s'est-il passé ?

Mardi vers 14h20, i-Télé et l'AFP annoncent que trois jihadistes présumés revenus de Syrie ont été interpellés à l'aéroport d'Orly, près de Paris, à la descente d'un avion en provenance de la Turquie. Ils avaient été arrêtés par les autorités turques à la fin du mois d'août. Parmi eux, le beau-frère de Mohamed Merah. L'information est confirmée par le ministère de l'Intérieur.

Coup de théâtre à 19h, une source policière annonce à l'AFP que les jihadistes français n'ont pas embarqué à bord de l'avion, le commandant de l'appareil ayant refusé leur présence à bord. Elle confirme même qu'ils ne sont pas en France.

À 20h55, deux des avocats des présumés jihadistes assurent que ces derniers sont bien arrivés en France, mais dans un autre avion, à Marseille. 

La personne ayant révélé cette interpellation imaginaire a été un peu trop pressée d'en parler aux médias, et n'aurait même pas attendu d'avoir la confirmation. Car des policiers se trouvaient bien à Orly dans l'espoir d'intercepter les présumés jihadistes. Mais Imad Djebali, Gaël Maurize et Abdelouahab El Baghdadi ont pu atterrir sans encombre en France, et circuler librement.

Le pilote du premier avion les a effectivement refusés à bord, mais les autorités turques les ont envoyés sur un autre vol en avertissant leurs homologues français… après le retour des jihadistes présumés. Ils se sont rendus à la gendarmerie ce mercredi et sont actuellement en garde à vue.

> Pourquoi n'ont-ils pas été arrêtés lors du contrôle des passeports ?

Une personne recherchée peut en théorie passer inaperçue si son passage n'a pas été signalé ou si elle n'éveille pas l'attention. Seuls un transit dans un pays "à risque", un visa sur un passeport, ou d'autres éléments suspects qui tiennent plus du flair policier, comme l'allure et le comportement, déclenchent une vérification dans le fichier des personnes recherchées (FPR).

Ce fichier recense toutes sortes de personnes, dont celles qui peuvent menacer la sûreté de l'État (fiches "S"). Le policier rentre l'identité du passager par l'intermédiaire du logiciel Cheops (Circulation hiérarchisée des enregistrements opérationnels de la police sécurisés). Si celui-ci est en maintenance ou en panne, la guérite de contrôle est aveugle: "Cela empêche effectivement les vérifications", reconnaît une source policière.

> Comment le gouvernement se justifie ?

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, reconnaît un "gros cafouillage", un "couac" entre autorités françaises et turques.

Silencieux mardi, Bernard Cazeneuve, veut quant à lui balayer ce qu'il juge comme une polémique "excessive" et "politicienne". Pour autant, le ministre de l'Intérieur a annoncé avoir demandé une enquête à l'Inspection générale de l'administration et à la "police des polices" qui "fasse le point sur l'ensemble des événements".

"Ce dysfonctionnement entre les services turcs et les services français mérite qu'une concertation approfondie s'engage entre les autorités françaises et turques, de manière à ce que d'autres événements de ce type ne se produisent pas (...) J'aurai dans les prochaines heures un contact avec mon homologue turc et je me rendrai prochainement en Turquie, de manière à ce que nous puissions, dans le respect rigoureux du droit turc et de nos procédures judiciaires en France, procéder aux corrections nécessaires".

Brenard Cazeneuve reconnaît qu'une "panne du système Cheops" a été constatée. Comment expliquer pareil couac? Sans attendre les conclusions de l'enquête de la police des polices, on peut parler de précipitation, ainsi que de défaillances humaines et techniques. Pour le moment, le gouvernement fait profil bas.

Rémy Demichelis avec AFP