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Jeune fille brûlée lors d'un bizutage à Lille: sept étudiants condamnés 

Le bizutage est officiellement interdit par la loi, mais continue d'exister dans certaines grandes écoles (illustration)

Le bizutage est officiellement interdit par la loi, mais continue d'exister dans certaines grandes écoles (illustration) - Jean-Philippe Ksiazek - AFP

Les sept prévenus ont été condamnés à une amende et à des travaux d'intérêt général, comme l'avait requis le procureur.

Trois jeunes filles et quatre jeunes hommes ont été condamnés mercredi par le tribunal correctionnel de Lille à des peines de travaux d'intérêt général (TIG) pour avoir brûlé une étudiante au troisième degré au genou, lors d'une séance de bizutage, un délit puni par la loi.

Cinq d'entre eux devront réaliser 140 heures de TIG, et deux autres 210 heures, ces derniers étant jugés coupables en outre de violences en réunion. Ils ont également été condamnés à 750 euros d'amende. Concernant les intérêts civils, une nouvelle audience aura lieu en juin 2015.

Les sept condamnés ont un profil inhabituel pour se retrouver sur le banc des accusés dans un tribunal: élèves brillants, au casier judiciaire vierge, visant de grandes écoles après la prépa. Que leur reproche la justice? Retour sur les faits.

"Komité de bienvenue"

Le 10 octobre 2013, Eloïse, alors âgée de 19 ans, reçoit un texto mystérieux. La jeune fille vient d'intégrer une classe prépa d'hypokhâgne dans le prestigieux lycée Faidherbe, à Lille. Le message l'invite à se rendre dans un appartement pour être officiellement "intronisée" dans le KB, le "Komité de bienvenue". Une association élitiste destinée officiellement à promouvoir l'intégration des nouveaux étudiants. 

"Curieuse" de découvrir et d'intégrer cette association, dissoute depuis les faits, la victime a raconté à la barre avoir alors été rassurée par un texto de sa "marraine" de prépa: "Tu vas voir, c'est assez déconcertant, montre leur que tu n'as peur de rien", lui avait-elle écrit. 

Accueillie dans l'appartement lillois par le chef de bande du KB, Eloïse sera soumise au rite: les yeux bandés, déchaussée, et privée de son portable, sept jeunes gens, déjà étudiants en prépa, lui imposent "l'étoile", la faisant tourner plusieurs fois sur elle-même pour la désorienter, avant de la mettre à genoux. Lorsqu'on lui enlève le bandeau, Eloïse, aveuglée par une lumière dans les yeux, reçoit alors l'ordre de répondre aux questions du "Komité", qui glissent sans gêne dans le domaine de l'intime et du graveleux. Agacés par ses réponses insolentes, deux des sept étudiants la giflent à une dizaine de reprises et l'insultent.

"Je me suis laissé emporter par un sentiment de puissance"

Pendant l'interrogatoire, une lampe, posée trop près de son genou, lui brûle la peau au troisième degré. Eloïse subira par la suite "sept interventions chirurgicales de greffe", a indiqué son avocat, Me Eric Cattelin-Denu, lors de l'audience. Une blessure grave sur le plan physique mais aussi sur le plan esthétique pour Eloïse, "occasionnellement mannequin et danseuse classique".

A la barre, Pierre, chef de la bande et reconnu coupable de violences en réunion, admet les faits. "Je me suis laissé emporter par un sentiment de puissance, porté par l’effet de groupe", rapporte 20minutes.fr, présent à l'audience. L'autre prévenu reconnu coupable des mêmes faits, assume également avoir donné une "tarte", selon ses termes, à Eloïse. "En groupe, on se sent plus fort, même si notre but n’était pas de lui faire de mal", se défend-il.

Après le verdict, les condamnés n'ont pas souhaité faire de commentaire. L'avocate d'une prévenue a toutefois qualifié le jugement du tribunal de "sage décision". Aux yeux de la loi, tous risquaient jusqu'à 6 mois de prison et 7.500 euros d'amende. La victime, elle, qui poursuit "normalement" ses études supérieures, a estimé que "cette décision peut être dissuasive." La Voix du Nord indique cependant que la jeune fille n'a pas cru aux excuses des condamnés. "Je n'ai pas senti qu'elles étaient sincères", a-t-elle lancé au sortir du tribunal.

Alexandra Gonzalez avec AFP