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"J'aurais préféré être prise en charge en France": le témoignage de mères ayant eu recours à la PMA

Le projet de loi bioéthique contenant l'ouverture de la PMA à toutes les femmes est à nouveau débattu à partir de ce lundi à l'Assemblée nationale.

Si Gwendolyne Desarménien a aujourd'hui une fille prénommée Adèle, c'est parce qu'elle a pu avoir recours à la PMA il y a trois ans en Espagne. Déjà mère d'un garçon, elle désirait avoir un deuxième enfant mais s'est vue empêchée par la juridiction française.

"J'aurais préféré être prise en charge en France. J'aurais préféré ne pas avoir à aller en Espagne, j'aurais préféré ne pas avoir à trouver des médecins qui veulent bien me prendre en charge, d'arriver à entrer dans la pharmacie sans avoir mal au ventre en me demandant si on allait accepter de me donner mon traitement", témoigne sur BFMTV la mère de famille, secrétaire générale de l'Association des familles homoparentales (ADFH).

Un texte arrivé à l'Assemblée en 2019

Après avoir entrepris la démarche d'aller dans une clinique en Espagne, elle doit se plier à une série d'examens médicaux ainsi qu'à plusieurs allers-retours avec la France. Les médecins procèdent à une fécondation in vitro et en mai 2017 elle apprend qu'elle est enceinte.

"Je suis célibataire et lesbienne, mais je n'ai pas de problèmes de procréation médicalement parlant aux yeux de la loi (française, NDLR)", explique Gwendolyne Desarménien. "Aujourd'hui le système français ne me laisse pas avoir accès à la parentalité sur le sol français".

Le débat sur l'accès à la PMA pour toutes les femmes revient à l'Assemblée nationale ce lundi et devrait se poursuivre jusqu'à la fin de semaine. Arrivé au Palais Bourbon en 2019, c'est la troisième fois que le projet de loi sera discuté dans l'Hémicycle. Un parcours parlementaire scruté de près par les couples de femmes homosexuelles et les femmes célibataires, à l'instar de Bénédicte Blanchet.

Plusieurs milliers d'euros à l'étranger

Mère célibataire d'un garçon de 3 ans né par PMA, cette membre de l'association Mam'en solo, qui représente les mères célibataires, raconte sur BFMTV les diverses étapes qu'elle a dû franchir pour avoir son enfant.

"J'ai commencé mon parcours de PMA à 34 ans, j'ai eu de la chance de trouver un gynécologue en France qui a accepté de me suivre et de m'accompagner", témoigne Bénédicte Blanchet. "J'ai fait deux inséminations au Danemark et après des examens complémentaires je suis partie faire une fécondation in vitro au Portugal".

Un stress tant sur le plan logistique que sur le plan financier puisque l'ensemble des démarches entreprises lui a coûté "près de 15.000 euros". Si la mère célibataire confie avoir la chance d'être "financièrement à l'aise", elle a bien conscience que cela n'est pas le cas de toutes les femmes souhaitant avoir un enfant.

Selon un sondage Ifop pour l'Association des familles homoparentales, 67% des Français interrogés se déclarent favorables à la PMA pour les couples de femmes et les femmes célibataires. Depuis les années 1990, l'opinion ne cesse d'évoluer en faveur de l'élargissement de la procréation médicalement assistée.

"Plus on attend et plus on voit que les Français sont effectivement favorables à cette technique", observe Alexandre Urwicz, président de l'Association des familles homoparentales, "la société est souvent plus en avance que l'homme politique sur les sujets sociétaux".

"Première étape"

Interrogé dimanche sur cette promesse de campagne d'Emmanuel Macron, Olivier Véran a assuré que la majorité votera en faveur de cette ouverture de la PMA aux femmes homosexuelles et célibataires pour que celles-ci bénéficient de ces droits nouveaux "le plus tôt possible".

Marlène Schiappa, ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, a quant à elle déclaré sur BFMTV espérer que la loi soit promulguée "d'ici l'été".

"C'est vécu comme une première étape puisque le texte a été pas mal altéré par rapport aux échanges entre les différentes assemblées, donc on reste sur notre garde", estime cependant Bénédicte Blanchet. "Pour les couples homosexuels, il manque la possibilité d'implanter l'ovocyte d'une des deux femmes dans le corps de l'autre qui porte l'enfant, il y a aussi la préservation des ovocytes pour des raisons médicales qui est souvent remise en cause et il y a toute la partie sur la PMA pour les personnes transgenres qui manquent encore."
Hugues Garnier Journaliste BFMTV