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Il se faisait passer pour un journaliste pour écumer les festivals

C'est pour approcher les artistes qu'il admire, comme Maxime Leforestier et Alain Souchon, ici en concert aux Francofolies de La Rochelle, qu'un homme s'est fait passer pour un journaliste culturel pendant des années.

C'est pour approcher les artistes qu'il admire, comme Maxime Leforestier et Alain Souchon, ici en concert aux Francofolies de La Rochelle, qu'un homme s'est fait passer pour un journaliste culturel pendant des années. - Xavier Leoty - AFP

Un homme de 55 ans s'est fait passer pendant des années pour un journaliste culturel, afin d'être invité par des festivals de musique et approcher les artistes. Il a été déclaré coupable jeudi d'escroquerie et usurpation de titre.

La supercherie a duré plus de vingt ans. Un employé de voirie à la mairie de Paris, âgé de 55 ans, s'est fait passer pendant des années pour un journaliste de France Culture afin d'écumer à l'oeil les festivals et d'approcher les artistes. Ce grand fan de musique et journaliste raté, a été déclaré coupable jeudi d'escroquerie et usurpation d'identité.

Depuis 1987, il interviewait ainsi les chanteurs qu'il admire. "Le but, c'était de rencontrer des vedettes. Alain Souchon, Laurent Voulzy, Julien Clerc, Maxime Leforestier...", a-t-il ainsi évoqué à la barre du tribunal correctionnel de Paris. "Je n'ai pratiquement pas d'amis", poursuit-il, "je suis assez stressé, angoissé par la vie". Paradoxalement, "le fait d'aller rencontrer des stars, ça me désinhibait", "quand on est en face d'un artiste, on va jusqu'au bout".

Seconde classe et hôtels bas de gamme

Pendant ses vacances, ses week-ends, il se faisait payer ses frais de transport, hébergement, restauration par les organisateurs de festivals auxquels il se rendait sous un faux nom. Sans toutefois se montrer trop gourmand: il se contentait de billets de train en seconde classe, d'hôtels bas de gamme.

Pendant quelques jours, il s'invitait "dans un autre univers". "Ça me faisait du bien psychologiquement", a-t-il dit.

La découverte des faits en 2010, et sa garde à vue, sont pour lui un traumatisme. Auditeur assidu de France Culture depuis ses 15 ans, il se trouvait alors à un festival à Lorient et avait quitté précipitamment son hôtel car on venait de lui demander sa carte de presse.

Une vie "par procuration"

Il s'était déjà trouvé dans une telle situation mais avait donné le change en montrant les badges d'autres festivals.

Muni de son magnétophone, il réalisait des interviews, parfois même en anglais, et réécoutait les cassettes, "en souvenir", qui s'amoncelaient dans le désordre de son appartement, encombré de coupures de journaux, de photos d'artistes. Titulaire d'un DEA d'anglais, d'une maîtrise de linguistique et d'informatique, il a "toujours eu envie de devenir journaliste". S'il a "essayé de faire des piges à droite à gauche" pendant un ou deux ans, "ça n'a jamais fonctionné". Fondant en larmes à la barre, il assure: "Je n'ai voulu faire de mal à personne".

Les journalistes de Radio France sont défrayés par leur employeur, "il n'est pas question de se faire inviter, c'est un gage de leur liberté", a plaidé l'avocat des stations publiques, Basile Ader, invoquant un "préjudice d'image".

"Difficile de ne pas avoir de compassion", a dit la procureure Solène Dubois, pour qui le prévenu vit "une grande partie de son existence" par "procuration". Mais "il y avait d'autres possibilités", comme tenir un blog, fait observer la représentante de l'accusation, qui a requis une peine de trois mois de prison avec sursis.

Peine ajournée à juin 2015

L'avocat du prévenu, Grégoire Lafarge, a salué le "climat de compréhension" lors des débats. Il a profité de sa plaidoirie pour épingler les journalistes, faisant allusion à l'actualité, des révélations récentes des journalistes du Monde à l'incarcération de la starlette Nabilla.

Selon Me Lafarge, l'usurpation de titre n'est pas applicable à la profession de journaliste, car elle n'est pas selon lui réglementée par l'autorité publique. Le tribunal a jugé du contraire, une décision sans précédent.

Le prononcé de la peine a été ajourné au 4 juin 2015 et le quinquagénaire devra d'ici là verser 2.000 euros de dommages et intérêts et 500 euros pour les frais de justice à Radio France.

"Si tout se passe bien, on pourra envisager une dispense de peine", a déclaré le président de la 13e chambre correctionnelle. "Je vous remercie Monsieur le président, je peux payer tout de suite si vous voulez", a répondu le prévenu.

M. R. avec AFP