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Haute-Savoie : pourquoi avoir mis 8h pour découvrir la fillette ?

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Les gendarmes chargés de l'enquête sur la tuerie de Chevaline (Haute-Savoie) ont tenté de mettre fin ce jeudi à la polémique naissante autour de la découverte de la fillette de 4 ans, retrouvée indemne 8 heures après le drame. Voici leurs explications...

Le délai de huit heures entre la découverte de la tuerie de Chevaline, en Haute-Savoie, et celle de la fillette survivante prostrée dans la voiture s'explique par le « gel » de la scène de crime, se sont défendus les enquêteurs jeudi, alors que naissait un début de polémique.
Les victimes ont été découvertes peu avant 16H00 dans leur BMW, près de Chevaline. La fillette de quatre ans n'a ensuite été découverte, indemne, que vers minuit, soit huit heures après.

« Pour consigne de ne pas entrer dans le véhicule »

« On avait pour consigne de ne pas entrer dans le véhicule pour ne pas modifier le positionnement des corps », a expliqué le lieutenant-colonel Benoît Vinnemann, qui commande la section de recherches de la gendarmerie de Chambéry.
« Quand on est sur une scène de crime extrêmement importante, l'essentiel avant tout est que l'enquête ne soit polluée par rien. Les choses doivent se faire de manière méthodique », s'est défendu jeudi lors d'une conférence de presse le procureur de la République d'Annecy Eric Maillaud. « Au moment de l'intervention des services d'enquête, rien ne permettait de savoir qu'il y avait d'autres personnes », a-t-il ajouté, et ce n'est que vers 23H00 que les enquêteurs ont été alertés de l'existence d'un deuxième enfant, en plus de la petite fille blessée retrouvée près du véhicule.
Après une première intervention des pompiers qui n'ont rien remarqué non plus, les gendarmes locaux se sont donc tenus à l'écart, le temps qu'arrivent les techniciens de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (l'IRCGN), venus de Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Or, ceux-ci ne sont arrivés que vers minuit, huit longues heures après la découverte du crime, suscitant des interrogations sur le bon sens de ce respect scrupuleux des procédures. 

La police critique la gendarmerie

Synergie, second syndicat d'officiers de police, a critiqué jeudi le recours sur la scène du crime de Haute-Savoie aux techniciens du laboratoire de gendarmerie et non à celui de la police, plus proche des lieux de la tuerie.
« Pourquoi les autorités de la gendarmerie nationale n'ont pas fait appel aux techniciens de l'Institut national de police scientifique (INPS) situé à Ecully (Rhône), soit à une heure de route en voiture de la scène de crime de Haute-Savoie ? », s'est interrogé le syndicat dans un communiqué.
Plusieurs responsables policiers se sont eux aussi questionnés sur le non-recours à l'INPS, dans la banlieue de Lyon, à moins de deux heures de route de Haute-Savoie sans gyrophares. L'intervention de ses experts, plus rapide, aurait permis d'éviter ce si long délai d'attente avant que ne soient enfin ouvertes les portes de la voiture, de crainte d'en briser les vitres fissurées par l'impact des balles et de compromettre ainsi l'enquête balistique.

« La gamine, terrorisée, n'a jamais bougé »

« Les pompiers, les techniciens, les médecins ont regardé dans la voiture par des trous à travers les vitres mais ils n'ont pas vu la petite. La gamine, terrorisée, n'a jamais bougé », a expliqué le lieutenant-colonel Vinnemann. Avant cela, un hélicoptère équipé d'une caméra thermique avait survolé la zone « pour voir s'il y avait d'autres corps mais la fillette n'a pas été vue car elle formait une masse avec sa mère », a-t-il ajouté.
Les enquêteurs insistent de leur côté sur l'importance de confier l'examen d'une telle scène de crime aux spécialistes de l'IRCGN, habitués à procéder aux analyses techniques dans les affaires criminelles les plus complexes.
L'IRCGN a pris la suite en 1990 de la Section technique d'investigation criminelle de la gendarmerie (STICG), structure de la gendarmerie nationale chargée des aspects scientifiques des investigations. La STICG avait été créée en février 1987 suite à l'affaire Grégory, qui avait révélé de graves insuffisances dans les investigations criminelles de la gendarmerie, avec notamment la manipulation sans protection (et donc la pollution) des scellés, à une époque où les analyses ADN n'étaient pas de mise.

La Rédaction avec AFP