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Harcelée sur les réseaux sociaux pour avoir évoqué le manspreading dans le métro parisien

Une campagne contre le manspreading à Madrid, en Espagne

Une campagne contre le manspreading à Madrid, en Espagne - Mujeres en Lucha

Une journaliste qui a posté une photo illustrant le manspreading dans les transports en commun parisiens a été harcelée et insultée sur les réseaux sociaux. Pour l'association Osez le féminisme, ce sujet est loin d'être anecdotique.

Un simple tweet a déclenché une tempête sur les réseaux sociaux. Une journaliste de Mediapart a évoqué mardi sur le réseau social le manspreading dans le métro parisien. "Journée banale dans les transports en commun", a-t-elle tweeté en légende d'une photo montrant quatre passagers: deux hommes les cuisses écartées assis à côté de deux femmes qui, quant à elles, occupent moins d'espace que leurs voisins. Et avec le hashtag #viedemeuf.

"Je reçois des dizaines de messages d'insultes"

Le manspreading, c'est cette attitude propre à certains hommes qui consiste à s'asseoir en écartant les cuisses et en occupant plus de place que la largeur de leur siège dans les transports en commun. Le néologisme est entré dans l'"Oxford English Dictionary", le dictionnaire de référence pour la langue anglaise, en 2015.

Une publication qui n'avait pourtant rien d'exceptionnel: de plus en plus de voyageurs et de voyageuses dénoncent cette attitude sur les réseaux sociaux.

Et pourtant. Des centaines d'utilisateurs du réseau social se sont insurgés contre la publication, certains estimant que l'attitude des hommes était tout à fait normale, d'autres dénonçant un supposé "womanspreading" avec les sacs à main des femmes, d'autres encore tenant des propos orduriers. Pire, la journaliste assure avoir été harcelée, insultée et avoir reçu des images pornographiques.

"J'hallucine. Je reçois des dizaines de messages d'insultes, des photos de cul, des injures", s'est-elle indignée sur Twitter.

Des réactions d'une rare violence qui rappellent celles dont avait déjà été victime une journaliste de Buzzfeed lorsqu'elle avait rédigé un article, pourtant d'apparence anodine, sur la taille des poches des pantalons pour femmes -qui se trouvent être plus petites que celles des hommes.

"Le sexisme, ce n'est pas que les viols ou les féminicides"

Mais pour Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d'Osez le féminisme, ces sujets n'ont justement rien d'anodins.

"Il y a certains hommes qui ne supportent pas qu'une femme prenne position, confie la militante à BFMTV.com. En tant que femmes et d'autant plus en tant que féministes, nous sommes insultées, visées par des appels au viol, c'est notre quotidien. On laisse croire que ce sont des sujets anecdotiques alors qu'ils font en réalité partie de ce système patriarcal. Le sexisme, ce n'est pas que les viols ou les féminicides, c'est aussi cette violence, ces clichés et ces discriminations ordinaires. Et ce n'est pas parce que c'est ordinaire que c'est acceptable."

Dans le reste du monde, plusieurs villes sont parties en croisade contre cette attitude, comme à New York, Tokyo ou encore récemment Madrid. Des panneaux et pictogrammes ont été spécifiquement établis afin d'appeler les hommes à ne pas s'étendre, au détriment des autres voyageurs et voyageuses.

À Paris, ce n'est pas encore à l'ordre du jour. La région et le Syndicat des transports d'Île-de-France n'ont pas l'intention de prendre des mesures contre le manspreading. Dans un tweet de réponse à l'association, le service client de la RATP assure que "le 'manspreading' n'a pas suscité le besoin d'une campagne spécifique. Pas de plaintes significatifs (sic)."

Ce que dément Osez le féminisme, qui fait campagne pour "rappeler la réalité du manspreading" que l'association qualifie de "syndrome des couilles de cristal". Elle appelle utilisateurs et utilisatrices des transports en commun à signaler à la RATP ces comportements.

Céline Hussonnois-Alaya