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Grand Est : vers des lycéesbientôt "tout-numérique"?

Des élèves d'un lycée de Bischwiller, équipés en octobre 2017 d'ordinateurs portables

Des élèves d'un lycée de Bischwiller, équipés en octobre 2017 d'ordinateurs portables - PATRICK HERTZOG, AFP/Archives

Avec 62 établissements en septembre, presque un tiers des lycées du Grand Est auront dit adieu aux manuels en version papier. Un objectif "tout-numérique" que la région veut atteindre à l'horizon 2020.

Fini les manuels scolaires imposants, place aux tablettes et aux objets connectés. La région Grand Est rêve de convertir ses lycées au tout-numérique, après une première expérimentation pavée de difficultés, selon la rectrice de la région académique, Florence Robine, lors d'une visite du lycée Paul Lapie à Lunéville en Meurthe-et-Moselle.

 "Ca n'a pas été simple à tous les moments, mais nous avons défriché un terrain jusqu'à présent inconnu", qui laisse espérer "des changements importants" dans la pédagogie, la prise en compte de la diversité des élèves et "la construction des compétences du XXIe siècle".

Se réadapter à la nouvelle technologie

"L'été sera court" prévient Gérald Sémont proviseur du lycée professionnel Paul Lapie, retenu pour devenir "4.0" en septembre. "Tous les enseignants vont être obligés de modifier leurs cours, de se réadapter à la nouvelle technologie", explique-t-il.

"Le numérique est un appui sur les pédagogies dites innovantes": il permet "d'avoir des ressources beaucoup plus nombreuses pour les élèves" et de travailler de manière différenciée, vante le proviseur.

Une théorie parfois bien loin de la réalité. Dans les faits, cela a souvent commencé par des connexios Wi-Fi hazardeuses, des manuels non disponibles, des problèmes de configuration ou des élèves non équipés. Avec pour résultat, des photocopieuses qui tournent à plein régime.

Le lycée Bartholdi à Colmar : le coût pour les familles 

"Nous avons probablement un peu essuyé les plâtres de la mise en place d'un dispositif qui s'est faite rapidement", raconte Eric Mariet, proviseur du lycée Bartholdi à Colmar dans le Haut-Rhin.

Une fois passé un premier trimestre "un peu difficile", il estime que les professeurs et les 950 élèves de son établissement "sont fortement intéressés et ont compris l'enjeu de ne pas passer à côté". Mais "la difficulté est de faire un bilan objectif avec des indicateurs précis".

Ce déploiement rapide, de la seconde à la terminale, irrite certains professeurs et associations de parents d'élèves, qui réclament "un bilan contradictoire". Comme Juliette Staraselski, présidente de la PEEP Alsace, l'union régionale Fédération des Parents d'Elèves de l'Enseignement Public.

"Il faudra passer au numérique, on en est conscient. Mais il ne faut pas le faire n'importe comment".

Florence Claudepierre de la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE) du Haut-Rhin, émet quelques réserves notamment concernant la question des "risques sanitaires", comme l'exposition aux écrans et le coût pour les familles." Selon elle, "on lance une 2ème vague (d'expérimentation) sans prendre acte des dysfonctionnements de la première, je ne vois pas à quoi ça sert". 

Au baccalauréat, pas d'ordinateur

Faute de bilan officiel, chacun fait le sien. Un professeur de physique-chimie a fait un sondage auprès de ses élèves de seconde, d'un "niveau scolaire élevé". Contents au départ du passage au numérique, en mai seuls 10% estimaient avoir mieux travaillé, 52% n'y ont pas trouvé d'intérêt et 37% en ont profité pour faire autre chose en classe.

Une enquête du syndicat des enseignants du second degré (SNES) pointe "une année stressante" pour les enseignants "devant prévoir des cours bis pour parer aux dysfonctionnements du réseau", un écran qui "fait obstacle à la relation pédagogique" et des élèves "initiés à une nouvelle forme d’école buissonnière" en surfant sur internet.

"Je ne pourrais pas faire cours à 30 élèves avec leur ordinateur ouvert, cela change beaucoup de choses dans le rapport aux élèves", explique un professeur de français d'un "lycée 4.0" en Alsace. Il a donc fait cours sans manuel, seulement avec des œuvres littéraires.

Mais "il ne faut pas imaginer que tous les élèves sont en permanence derrière leur écran", assure Eric Mariet, le proviseur du lycée Bartholdi à Colmar, selon qui les professeurs ont "des usages très variés" du numérique.

"Nous avons mis les choses au clair: on continuera toujours à écrire, à prendre des notes, à faire des devoirs sur table".

Au baccalauréat, pas d'ordinateur.

N.Ga., avec AFP